Nous passons souvent une grande partie de notre vie à nous définir à travers nos peurs, nos échecs, nos blessures ou le regard des autres.

Et si nous nous trompions sur nous-mêmes ?

À l’occasion de la sortie de La Seconde Naissance de Lucie Finnell, nous avons échangé avec Flavia Mazelin Salvi. Au fil de cet entretien accordé au Journal des Bonnes Nouvelles, l’autrice évoque la naissance de son héroïne, le rôle du Pays Cathare dans son roman, l’importance des rencontres qui transforment une existence, mais surtout cette conviction:

Nous avons tous en nous les ressources nécessaires pour nous libérer des conditionnements qui nous empêchent de devenir pleinement nous-mêmes.

Un échange passionnant sur la conscience, la liberté intérieure et cette petite voix qui, malgré les épreuves, continue à nous rappeler que notre histoire ne s’arrête jamais à nos blessures.

Journaliste, conférencière et autrice de plusieurs ouvrages consacrés à la conscience et au développement personnel, Flavia Mazelin Salvi a choisi cette fois la fiction pour transmettre son message. Une façon, selon elle, de rendre plus vivants et plus accessibles les outils de libération et de transformation.

Pour le Journal des Bonnes Nouvelles, elle a accepté de répondre à nos questions.

Rencontre

JDBN : Après plusieurs ouvrages consacrés à la spiritualité et au développement personnel, qu’est-ce qui vous a donné envie de transmettre ce message à travers un roman ?

Flavia Mazelin Salvi : Je ne peux concevoir la spiritualité qu’incarnée et intégrée dans notre quotidien qu’elle remodèle et illumine. Après avoir écrit deux essais, j’ai eu envie de transposer dans la fiction les concepts de libération et de transformation de soi, afin de les rendre plus accessibles et plus vivants.

JDBN : Lucie Finnell est-elle née de votre imagination ou porte-t-elle certaines expériences que vous avez observées ou vécues au fil de votre parcours ?

Flavia Mazelin Salvi : Les deux ! Je l’ai d’abord vue, physiquement, puis son histoire, sa personnalité ont pris progressivement corps jusqu’à ce qu’elle existe en tant que personne à part entière. C’est l’incroyable puissance de l’imaginaire.

Lucie est aussi nourrie, comme chacun des personnages du livre, de ce que j’ai pu vivre, recueillir ou observer au fil des années. Mais elle n’est pas pour autant un personnage générique, elle est Lucie Finnell, audacieuse et timide, déterminée et fuyante, idéaliste et méfiante. Ses contradictions internes sont la marque de sa singularité ce qui, je l’espère, la rend proche et attachante.

JDBN : Votre héroïne découvre progressivement qu’elle a longtemps confondu sa vulnérabilité avec son identité. Pourquoi cette confusion est-elle si fréquente selon vous ?

Flavia Mazelin Salvi : Je pense même que c’est l’une des confusions les plus répandues, et l’illusion la mieux entretenue dans notre dimension matérielle.

Dans notre culture matérialiste, l’individu ne cesse d’être renvoyé à ses limites et à son impuissance, il est appréhendé et traité comme une sorte de mammifère supérieur, qui serait né du hasard et destiné au néant total.

C’est la vision matérialiste de l’existence qui génère cette croyance délétère de laquelle il n’est pas facile de se détacher.

Lucie va découvrir qu’elle a comme chacun, des zones de vulnérabilité, mais qu’elle n’est pas foncièrement vulnérable. Elle a certes été blessée, maltraitée, mais son être profond vibre de vitalité, de désir et de force. 

JDBN : Le Pays Cathare occupe une place importante dans le récit. Qu’apporte-t-il à cette histoire sur le plan symbolique et spirituel ?

Flavia Mazelin Salvi : Dans le roman, le Pays Cathare n’est pas un décor, c’est un personnage à part entière.

Les Cathares ont formé un mouvement en Europe au XIIe et XIIIe siècle. C’étaient des femmes et des hommes profondément spirituels qui désiraient vivre selon les principes du Christ, hors de l’Église.

Le dernier bastion fut Montségur où plus de 200 Cathares refusant de renier leur foi furent brûlés vifs.

Dans le roman, cette terre parle à Lucie, réveille sa mémoire et lui donne le courage de façonner sa vie selon les besoins et les désirs de son âme. 

JDBN : Le personnage d’Anka marque profondément le lecteur. Représente-t-il une figure particulière dans votre univers intérieur ?

Flavia Mazelin Salvi : Anka est « une femme qui court avec les loups », pour reprendre la magnifique expression de Clarissa Pinkola Estès.

Elle est l’archétype de la femme libre, reliée, créative, dont l’intelligence est aussi conceptuelle que concrète.

Plus que résiliente, elle est vivante et vibrante.

Elle incarne la spiritualité authentique, ancrée et libératrice.

JDBN : À travers Lucie, vous abordez la question des conditionnements. Comment reconnaître ceux qui nous empêchent encore d’avancer aujourd’hui ?

Flavia Mazelin Salvi : Nous sommes tous conditionnés par la biologie, notre éducation, les valeurs et les assignations de la société.

Mais le conditionnement le plus insidieux est celui que constitue la vision matérialiste de l’existence.

Prendre conscience de ces différents conditionnements est déjà un premier pas vers la libération.

Les conditionnements qui nous empêchent d’avancer sont ceux qui rendent la vie grise, étriquée, inconfortable et répétitive. 

JDBN : Vous évoquez souvent l’idée de conscience et d’incarnation. Comment définiriez-vous ces notions pour quelqu’un qui les découvre ?

Flavia Mazelin Salvi : La conscience est la capacité de se rendre compte de ce qui se passe en nous et autour de nous.

Sur un plan spirituel, la conscience est la capacité à rencontrer et reconnaître sa nature profonde et la nature profonde de la réalité.

Pour les spirituels, l’incarnation est la forme matérielle que prend la conscience, l’âme, pour pouvoir évoluer dans la matérialité. 

JDBN : Dans quelle mesure les rencontres que nous faisons peuvent-elles accélérer ou accompagner notre évolution personnelle ?

Flavia Mazelin Salvi : On dit que le maître apparaît quand l’élève est prêt.

Lorsque nous sommes dans le besoin d’évolution, dans le désir d’accueil et dans la capacité de prêter attention, nous pouvons faire l’expérience d’une rencontre véritablement transformatrice.

Il suffit parfois de quelques phrases, de quelques minutes, pour que le déclic se produise.

JDBN : Vous décrivez ce livre comme un « live good » plutôt qu’un « feel good ». Que signifie cette nuance pour vous ?

Flavia Mazelin Salvi : C’est une amie, Anne, qui m’a fait le cadeau de cette jolie formule après avoir lu mon roman.

Un « feel good » permet de passer un bon moment, ce qui est déjà formidable, mais un « live good » permet de mieux vivre sa vie.

Tout en suivant l’évolution de Lucie, on intègre en même temps qu’elle des outils de croissance personnelle, de libération et de transformation. 

JDBN : Si les lecteurs ne devaient retenir qu’un seul message après avoir refermé La Seconde Naissance de Lucie Finnell, lequel aimeriez-vous leur transmettre ?

Flavia Mazelin Salvi : Vous avez tout en vous pour vous libérer des conditionnements et tracer votre chemin singulier.

Ne vous laissez pas séduire par les sirènes de la pseudo-rationalité ou du matérialisme.

Ne vous préoccupez pas de ce qu’on pense de vous.

Vous seul savez ce qui vous libère et vous rend plus épanoui. 

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Propos recueillis par Sophie Denis pour Le Journal des Bonnes Nouvelles.

Sources : JDBN – Entretien exclusif avec Flavia Mazelin Salvi – La Seconde Naissance de Lucie Finnell – Le Courrier du Livre – Éditions Trédaniel – Crédit visuel : JDBN – couverture éditeur – Depositphotos – Montage JDBN