Il existe deux façons de parler de l’invisible.
La première cherche à convaincre, à prouver, à impressionner.
La seconde raconte. Calmement. Humainement. Sans rien forcer.
Je sors de mon corps, et alors ? appartient clairement à cette seconde catégorie.
Dans cette bande dessinée élégante et étonnamment pudique, Nicolas Fraisse se raconte sans posture, sans costume spirituel, sans volonté de démonstration. Il parle de ce qu’il vit depuis l’enfance – sorties hors du corps, visions à distance, perceptions fines – comme on parlerait d’une singularité avec laquelle il a dû apprendre à composer.
Dès les premières pages, le ton est posé. Nicolas se présente simplement. Il aime la bière en terrasse, râle dans les embouteillages, procrastine pour le ménage. Rien d’un personnage mystique. Et pourtant, depuis toujours, quelque chose déborde. Son rapport au monde n’est pas tout à fait le même. Non pas supérieur. Juste différent.
Le choix de la bande dessinée est loin d’être anecdotique. Grâce au trait sensible et intelligent de Benoît Flamec, les expériences les plus abstraites deviennent lisibles, presque familières. L’humour sert de garde-fou. L’autodérision empêche toute fascination excessive. Même lorsque Nicolas explique qu’en sortie hors du corps il ne se perçoit pas vraiment comme un “corps”, mais plutôt comme une scène, un point de perception, le récit reste léger, accessible, ancré.
Ce qui frappe, c’est la place laissée au doute. À aucun moment le livre ne cherche à imposer une vérité. Les recherches menées pendant plus de dix ans avec Sylvie Dethiollaz et Claude Charles Fourrier sont évoquées avec rigueur, mais aussi avec une honnêteté rare : rien n’est “prouvé”, rien n’est figé. La science observe. Questionne. Avance prudemment. Et s’arrête parfois.
Le cœur du livre n’est d’ailleurs pas là. Il est dans les zones de fragilité. Dans l’adolescence de Nicolas, marquée par le silence. Dans ce double secret qu’il porte trop longtemps, dans les années 1990 : être homosexuel et vivre des phénomènes que personne ne comprend. Deux raisons suffisantes, à l’époque, pour apprendre à se taire.
Le récit devient alors profondément touchant. Parce qu’il parle moins d’expériences extraordinaires que de solitude, d’incompréhension, de peur d’être réduit à un diagnostic ou à une caricature. Le passage du colloque de Martigues, en 2006, marque un tournant. Non pas parce qu’il “révèle” Nicolas, mais parce qu’il l’ancre. Pour la première fois, il n’est plus seul face à ce qu’il vit.
Ce livre dit aussi quelque chose de très juste sur notre époque. Chacun projette sur Nicolas sa propre grille de lecture. Le scientifique y voit un cerveau atypique. Le sceptique une supercherie. Le spiritualiste un élu. Le complotiste un cobaye. Et ses amis, eux, voient surtout quelqu’un qui choisit toujours les bonnes pizzerias. Cette pluralité de regards, traitée avec humour, rappelle une chose essentielle : l’extraordinaire dérange surtout parce qu’il échappe aux cases.
Certaines scènes restent longtemps en tête. Le “bruit du monde”, quand les pensées des autres deviennent envahissantes. La tendresse avec Monsieur Renard, au seuil de la mort, et le poids émotionnel de ressentir chaque souffle. Ou encore cette idée simple mais puissante : les capacités de Nicolas ne l’éloignent pas de la vie, elles l’y ramènent sans cesse. Aux sensations. Au corps. À l’instant.
Je sors de mon corps, et alors ? n’est pas un livre qui promet.
C’est un livre qui raconte.
Avec élégance. Avec nuance. Et avec une profonde humanité.
Un ouvrage rare, qui parlera autant aux curieux qu’aux sceptiques, et à toutes celles et ceux qui savent ce que c’est que de se sentir “un peu à côté”, sans jamais cesser d’avancer.
Où trouver le livre
Je sors de mon corps, et alors ? de Nicolas Fraisse, dessins de Benoît Flamec, est publié chez Guy Trédaniel éditeur.
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La bonne nouvelle
Ce livre rappelle une chose précieuse : on peut vivre des expériences déroutantes, hors normes, et apprendre à les traverser sans se perdre, à condition de rester ancré, entouré, et profondément humain.
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Sources: JDBN – Je sors de mon corps, et alors ? (Nicolas Fraisse, dessins Benoît Flamec, Guy Trédaniel éditeur) – Crédit visuel: Guy Trédaniel éditeur – DepositPhotos – Montage JDBN





















