Nous savons tous, intellectuellement, ce qui est mauvais pour nous.
Fumer. Grignoter sous stress. Scroller sans fin. Répéter des comportements qui ne nous font pas vraiment du bien.
Et pourtant… nous continuons.
Pourquoi ?
Parce que savoir n’est pas suffisant.
Et c’est précisément ce que démontre avec une clarté remarquable le psychiatre Judson Brewer, dans son célèbre TED Talk A Simple Way to Break a Bad Habit, que nous vous invitons à découvrir dans la vidéo:
Quand la connaissance ne suffit plus
Judson Brewer est psychiatre, chercheur en neurosciences et spécialiste de la formation des habitudes.
Dans son travail, il observe un paradoxe fondamental :
👉 le cerveau sait, mais le comportement persiste.
Il raconte l’histoire d’une patiente venue consulter pour arrêter de fumer.
Elle savait déjà que la cigarette était mauvaise pour elle. Elle l’avait lu, entendu, répété.
Mais un jour, en portant une attention très fine à son expérience directe, quelque chose a changé.
Elle a remarqué l’odeur.
Le goût.
La sensation dans son corps.
Et là, surprise : « ça sentait mauvais, vraiment mauvais ».
À cet instant précis, la connaissance intellectuelle est devenue connaissance vécue.
Non plus une idée dans la tête, mais une vérité ressentie dans le corps.
Résultat ?
Le comportement a commencé à perdre son pouvoir d’attraction.
Le vrai problème : le contrôle cognitif
Pendant longtemps, on nous a appris à lutter contre nos mauvaises habitudes par la volonté.
À résister.
À contrôler.
Ce rôle est assuré par une zone du cerveau appelée le cortex préfrontal, responsable de la planification et du raisonnement.
Le problème ?
👉 C’est la première zone à « se déconnecter » en situation de stress, de fatigue ou de surcharge émotionnelle.
C’est pour cela que :
-
on mange plus quand on est épuisé,
-
on crie alors qu’on sait que ce n’est pas utile,
-
on replonge dans des automatismes pourtant bien identifiés.
Ce n’est pas un manque de volonté.
C’est un mécanisme neurologique.
La clé inattendue : le désenchantement
Judson Brewer propose une approche radicalement différente, presque contre-intuitive :
👉 ne pas lutter contre l’habitude, mais s’en désenchanter.
Le désenchantement, ici, n’est pas un rejet.
C’est le fait de voir très clairement ce que l’on obtient réellement du comportement.
Pas ce que l’on espère.
Pas ce que l’on croit.
Mais ce qui se passe vraiment dans le corps et l’esprit.
Quand cette observation est sincère et répétée, l’habitude perd progressivement son attrait.
Non pas parce qu’on se force à arrêter…
Mais parce qu’on n’en a plus vraiment envie.
La curiosité comme moteur du changement
L’ingrédient central de cette méthode est simple, mais puissant : la curiosité.
Au lieu de repousser une envie :
-
on l’observe,
-
on la ressent,
-
on note ses sensations physiques (tension, agitation, chaleur, inconfort).
Judson Brewer explique que les envies ne sont rien d’autre qu’un ensemble de sensations temporaires.
Elles apparaissent.
Elles disparaissent.
En devenant curieux, on sort du réflexe de peur et de fuite.
On cesse de se battre contre soi-même.
On devient, selon ses mots, « le scientifique intérieur » : attentif, intéressé, présent.
Ce que dit la science
Cette approche n’est pas qu’une philosophie douce. Elle est mesurée.
Les études citées par Judson Brewer montrent que :
-
l’entraînement à la pleine conscience est deux fois plus efficace que certaines thérapies comportementales classiques pour arrêter de fumer,
-
chez les méditants expérimentés, certaines zones du cerveau liées à l’auto-rumination (le default mode network) sont moins activées lorsqu’une envie apparaît.
Autrement dit :
👉 observer l’envie sans s’y accrocher modifie réellement l’activité cérébrale.
Une méthode adaptée à notre monde moderne
Ironie intéressante :
les mêmes technologies qui alimentent nos distractions — smartphones, notifications, automatismes numériques — peuvent aussi devenir des outils de sortie de l’habitude.
Judson Brewer développe aujourd’hui des programmes numériques permettant d’intervenir au moment précis où l’envie apparaît, là où le cerveau est le plus réceptif.
Pas pour contrôler.
Mais pour réapprendre à être présent.
Testez la méthode sur une habitude très concrète:
Le téléphone attrapé sans y penser
Prenons une situation banale, presque invisible, mais extrêmement répandue.
Il est 22h30.
La journée a été dense. Vous êtes fatigué(e), installé(e) sur le canapé.
Sans même y penser, votre main attrape votre téléphone.
Instagram.
Un mail.
Un message.
Puis un autre. Encore. Encore.
Vous savez pourtant que cela ne vous repose pas vraiment.
Que cela repousse le moment d’aller dormir.
Que cela laisse souvent, après coup, une sensation diffuse de fatigue ou de vide.
Et malgré tout, le geste se répète.
La réaction habituelle consiste à se reprendre mentalement :
« Il faudrait arrêter. »
« Ce n’est pas raisonnable. »
« Encore en train de scroller… »
Cette tentative de contrôle crée rarement autre chose qu’un peu de tension — et très souvent, elle échoue.
La méthode proposée par Judson Brewer consiste alors à faire tout autre chose.
Non pas résister.
Mais observer.
Observer l’envie elle-même.
Cette agitation légère dans le corps.
Cette tension dans les épaules.
Cette impression d’urgence sans objet précis.
Rester quelques secondes avec ces sensations, sans agir, sans s’interdire quoi que ce soit.
Et remarquer, simplement, ce qui se passe.
Très souvent, l’envie n’est pas agréable.
Elle est inconfortable. Instable.
Elle monte… puis redescend.
Ce n’est pas le téléphone qui procure du bien-être.
C’est la promesse qu’il fait — et qu’il ne tient pas.
À force de voir cela clairement, le cerveau apprend.
Non par contrainte, mais par expérience directe.
Et peu à peu, sans effort particulier, le geste perd de sa force.
La bonne nouvelle
Changer une habitude ne demande pas forcément plus de discipline.
Parfois, il suffit de plus de présence.
Et si la sortie des automatismes ne passait pas par la lutte…
mais par une curiosité honnête envers ce qui se passe en nous ?
Sophie Denis, en exclusivité pour le JDBN
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Sources: JDBN – TEDX – Judson Brewer – Youtube – Crédit visuel: JDBN ai généré Canvapro

















