Un enfant est mort. Une famille est en deuil. Un coupable aurait du payer bien avant aujourd’hui.

Et comme souvent dans notre époque, le silence n’aura duré que quelques heures.

Très vite, les experts sont arrivés. Les éditorialistes aussi. Les responsables politiques n’ont pas tardé à suivre. Chacun avec sa solution miracle, sa déclaration choc, son indignation calibrée et trop souvent sa récupération.

Depuis plusieurs jours, le débat semble tourner en boucle.

Responsabilité des juges.

Responsabilité du gouvernement.

Responsabilité de l’opposition.

Responsabilité de la justice.

Responsabilité de la police.

Tout le monde semble avoir trouvé un coupable.

Tout le monde semble avoir trouvé un adversaire.

Mais au milieu de ce vacarme politique, une catégorie de Français mérite aujourd’hui d’être mise en lumière : les citoyens.

Ceux qui ont participé aux marches blanches.

Ceux qui ont allumé une bougie.

Ceux qui ont déposé une fleur.

Ceux qui ont pris quelques minutes pour penser à une petite fille qu’ils ne connaissaient pas.

Une fois encore, ce ne sont pas les plateaux télé qui nous donnent une leçon d’humanité.

Ce sont les gens.

Les gens ordinaires.

Les Français que l’on critique parfois, que l’on caricature souvent, mais qui restent capables de se rassembler lorsqu’un enfant disparaît ou lorsqu’une famille est brisée.

Car derrière les procédures, les statistiques, les débats et les discours, il y avait une enfant.

Et cette simple réalité devrait suffire à nous rassembler.

La question que beaucoup de Français se posent aujourd’hui est pourtant simple :

Pourquoi faut-il encore attendre un drame pour faire bouger les lignes?

Pourquoi faut-il attendre qu’une tragédie éclate pour entendre parler de dossiers en attente, d’effectifs insuffisants ou de procédures qui s’accumulent ?

Et surtout, pourquoi nos dirigeants semblent-ils surpris de voir la confiance des citoyens s’effondrer année après année ?

La confiance ne se décrète pas.

Elle se mérite.

Elle naît lorsque les institutions fonctionnent.

Elle naît lorsque les alertes sont entendues.

Elle naît lorsque les discours sont suivis d’actes.

Les Français financent leurs institutions.

Ils financent leur police.

Ils financent leur justice.

Ils financent leurs services publics.

Ils veulent maintenant qu’on leur rende des comptes et c’est bien légitime. Au lieu de ça on nous sert:

« Pas assez de moyens.

Pas assez d’effectifs.

Pas assez de budgets. »

Peut-être.

Mais une autre question mérite d’être posée.

Depuis quand le professionnalisme dépend-il uniquement du montant d’un budget ?

Depuis quand la vigilance dépend-elle uniquement du nombre de personnes présentes dans un service ?

Depuis quand l’éthique dépend-elle d’une ligne comptable ?

Bien sûr, personne ne peut travailler correctement dans un système saturé.

Mais personne ne peut non plus expliquer chaque dysfonctionnement par le seul manque de moyens.

Car il existe aussi des notions plus difficiles à mesurer :

La responsabilité.

La rigueur.

L’efficacité.

Le courage de prendre une décision.

L’attention portée à un signalement.

La capacité à considérer chaque dossier comme s’il concernait son propre enfant.

Ce que beaucoup de Français réclament aujourd’hui n’est pas seulement davantage de moyens.

Ils réclament davantage d’exigence.

Davantage de résultats.

Davantage de responsabilité.

Et surtout la certitude que derrière chaque procédure, chaque signalement et chaque dossier, il reste des êtres humains capables de ne jamais oublier ce qui est en jeu.

Parce qu’à la fin, ce ne sont pas des statistiques que l’on enterre.

Ce sont des enfants.

Je n’ai pas la prétention d’avoir la réponse.

Je sais simplement qu’une petite fille est morte.

Et que le spectacle politique qui a suivi n’est pas à la hauteur de ce drame.

La plupart des Français ne réclament pas de slogans.

Ils réclament des résultats.

Ils réclament que les enfants soient protégés.

Ils réclament que les alertes soient prises au sérieux.

Ils réclament que les moyens suivent enfin les promesses.

La castration chimique est peut-être un sujet de débat.

Protéger les enfants devrait être une évidence.

Aujourd’hui, les seuls que j’ai envie de féliciter sont les citoyens qui se mobilisent avec dignité.

Parce qu’au milieu du bruit, ils nous rappellent ce qui compte vraiment dans cette affaire.

Les enfants.

Et eux seuls.

Le reste n’est que du bruit.

Sophie Denis
Fondatrice du Journal des Bonnes Nouvelles (JDBN)

Sources: JDBN – Reuters – AP News – Crédit visuel: Depositphotos