Dans Le jour où j’ai cessé d’attendre le vendredi, paru le 27 août 2026 aux éditions Le Courrier du Livre, Bruno Sbille raconte le parcours d’Olivier, un homme à qui l’on avait promis qu’en travaillant bien à l’école, en faisant de belles études puis en décrochant un beau métier, il réussirait sa vie. Mais la réalité professionnelle se révèle bien différente : journées qui se ressemblent, collègues démotivés, clients insatisfaits et cette impression persistante de passer à côté de quelque chose. Jusqu’à sa rencontre avec Carla, qui va l’amener à découvrir d’autres façons de travailler, de trouver sa place et de s’épanouir.

Bruno Sbille connaît particulièrement bien cet univers. Conférencier, coach et formateur, il accompagne depuis plusieurs années entreprises et particuliers autour du management, des nouvelles dynamiques du travail et des mécanismes de la motivation. Coauteur d’À la découverte des familles d’âmes, il signe avec ce livre son premier roman.

Après avoir consacré un article à ce roman et à ce qu’il raconte de notre rapport au travail, nous avons voulu découvrir Bruno Sbille derrière l’auteur : son propre parcours, son rapport au bonheur et au travail, sa spiritualité, sa journée parfaite, mais aussi ce qu’il changerait s’il avait, demain, le pouvoir d’agir.

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Interview

Jusqu’à quel point Olivier est-il inspiré de votre propre parcours ?

Bruno Sbille : Le point de départ du roman est inspiré de mon propre parcours. Comme de nombreux jeunes gens on m’a conseillé de bien travailler à l’école, puis de décrocher un diplôme universitaire et ainsi je pourrais décrocher un beau métier. Ce sont de bons conseils en soi mais souvent on se contente de ces conseils, comme si l’arrivée dans le monde professionnel allait nous rendre heureux et nous permettre de donner un sens à notre vie. En tout cas ça n’a pas été le cas pour moi (rires)

Je me souviens il y a 10 ans lors d’une conférence que je donnais, j’avais commencé par parler de mon parcours et de la déception lors de l’arrivée dans le monde du travail. L’anecdote n’avait duré qu’une minute. À ma grande surprise de nombreux jeunes sont venu me trouver après ma conférence. Ils étaient dans la vie professionnelle depuis quelques années et vivaient les mêmes désillusions que moi à mes débuts.

Deux choses m’ont aidé à évoluer. J’ai compris que pour moi les choses devaient avoir un sens et j’ai eu la chance de découvrir des environnements professionnels inspirants, me prouvant par leur existence qu’un autre monde du travail était possible.

Quelle est votre définition du travail aujourd’hui ? Quelle place devrait-il, selon vous, occuper dans une vie ?

Bruno Sbille : e crois à la valeur du travail, d’avoir une occupation professionnelle, de faire quelque-chose de ses mains, de son cerveau, de ses compétences. En 2010 je me suis réorienté pour ne plus faire que des choses qui me passionnaient, qui avaient du sens pour moi, qui faisaient vibrer mon âme. Ça a pris quelques années à se mettre en place mais j’ai ensuite découvert une toute autre vision du « travail ».

Plus globalement l’école devrait beaucoup plus aider les jeunes à découvrir leurs passions et leurs talents ainsi qu’à développer leur connaissance de soi. Ma compagne et moi nous nous sommes intéressés depuis 15 ans aux enseignements à pédagogie active et nous y avons mis nos enfants. C’est incroyable de voir ce qui existe déjà comme initiatives, on devrait faire la pub de ces écoles pour que leurs idées fassent tache d’huile.

Une de mes amies blague souvent en disant que nous devrions tous être indépendant (freelance) et vivre de notre passion. Une fois que vous vivez de votre passion, il n’y a plus vraiment de pénibilité du travail. Mais vous ne pouvez pas attendre que celà vienne de l’extérieur, la démarche doit partir de vous.

Vous racontez votre propre déception en découvrant le monde du travail. Vous souvenez-vous du moment où vous avez compris que la fameuse « belle situation » ne suffirait pas ?

Bruno Sbille : Ce n’est pas nécessairement un moment mais plutôt une accumulation. Un collègue qui parle sur le dos des autres, un supérieur qui ne me soutient pas alors que je suis dans mon droit, un supérieur qui laisse un client tenir des propos sexistes sous prétexte que c’est « un gros client » etc.

Par contre, je me souviens d’un moment précis où je commençais à basculer vers le cynisme. Je travaillais comme développeur informatique pour une grande institution internationale, j’y étais depuis trois ans et je n’avais pas grand chose à faire. Un jour, un jeune est arrivé plein d’enthousiasme et m’a suggéré toute une série d’initiatives. Je les ai refusées les unes après les autres car ça allait me faire bosser plus. Quelques jours plus tard, j’ai eu une révélation. Ce jeune enthousiaste c’était moi il y a quelques années et là j’avais refusé ses idées et à chaque fois botté en touche. C’est à ce moment là que je me suis dit qu’il fallait que je change quelque chose dans ma vie professionnelle.

L’expression « bonheur au travail » vous agace-t-elle ? Qu’est-ce qu’elle signifie réellement pour vous ?

Bruno Sbille : J’adore cette expression. Elle vient à l’origine d’un documentaire réalisé par Martin Meissonnier. Dans ce documentaire il montre plein d’initiatives où les gens sont « heureux » de travailler, fiers de leur entreprise…je sais on dirait de la science fiction (rires). C’est comparable au documentaire « Demain » de Cyril Dion qui montre plein d’initiatives innovantes pour la planète. Ce sont deux documentaires qui ne s’appesantissent pas sur les problèmes mais montrent ce qui fonctionne.

Pour moi le titre du documentaire montrait que l’on pouvait avoir du sens dans son travail, y être épanoui et ne pas juste le subir.

Malheureusement une horde de pseudo-intellectuels ont commencé à débattre du « bonheur au travail » estimant que le travail n’était pas là pour nous rendre heureux etc.. Les questionnements sont intéressants mais malheureusement cela a complètement détourné le débat, occultant l’intérêt du documentaire original.

Quand on calcule le nombre d’heures que l’on passe avec ses collègues comparé à sa famille, je pense qu’il est légitime de réfléchir à comment être heureux à son travail.

À quoi ressemble, pour vous, une journée parfaite ?

Bruno Sbille : Je me lève tôt, je conduis mes enfants à l’école, je bois un bon café, je fais du tai chi et quelques étirements.

Ensuite j’écris pendant 4h.

L’après midi je lis un bon roman, je vais marcher dans la nature, je caresse mon chat, je discute de sujets existentiels avec ma compagne, nous passons un chouette moment en famille le soir.

Je reçois quelques emails de retour de lecteurs ainsi qu’une proposition pour aller faire une conférence.

Quelle place le travail occupe-t-il aujourd’hui dans votre propre définition d’une vie réussie ?

Bruno Sbille : Je pense que réussir sa vie c’est aimer et être aimé tout simplement. Après par rapport au travail je dirais qu’une vie réussie c’est d’aimer ce que l’on fait, pouvoir vivre de sa passion, même si tout métier a des aspects plus pénibles…pour moi c’est la partie administrative. Mais je me rends compte que j’ai besoin de travailler, faire des rencontres, devoir être créatif, faire fonctionner son cerveau, ça me nourrit beaucoup, je n’ai pas du tout envie d’être retraité.

Parmi la reconnaissance, le sens, l’autonomie et l’apprentissage, qu’est-ce qui manque aujourd’hui le plus dans le monde du travail ?

Bruno Sbille : Cela dépend de chacun bien entendu. Mais je dirais le sens. Après j’ai énormément de compassion pour les chefs d’équipes, les managers et les entrepreneurs. Pour avoir dû le faire moi même, gérer des gens, ce n’est pas évident, ils ne sont jamais contents (rires) moi inclus. Je pense que la quête de sens doit partir de l’individu, ensuite il pourra trouver les endroits ou professionnellement il pourra s’épanouir. Mais on ne peut pas attendre passivement que notre employeur nous rende heureux, ça ce serait plutôt les attentes que l’on peut avoir d’une mère quand on est enfant.

Avant par exemple, j’aimais beaucoup recevoir de la reconnaissance, ça me nourrissait, j’en avais besoin. Maintenant que je suis à ma place, sur ma voie, ce n’est plus si important. S’il y a de la reconnaissance c’est chouette et je prends mais ce n’est plus mon moteur.

Vous avez auparavant écrit autour des familles d’âmes. Comment cette vision spirituelle de l’existence influence-t-elle votre façon de vivre et vos choix au quotidien ?

Bruno Sbille : Petit fun fact, j’ai découvert ma famille d’âmes il y a 18 ans lors d’un séminaire de développement personnel organisé par le société de services informatique qui m’employait. Ce séminaire a bouleversé ma vie, notamment la notion de « mission de vie » que l’on retrouve également en psychologie. C’est suite à cette découverte que je me suis réorienté professionnellement, je ne voulais plus que faire des choses qui nourissaient cette mission de vie.

Quelle est l’absurdité professionnelle la plus incroyable que vous ayez personnellement rencontrée ?

Bruno Sbille : J’ai rencontré beaucoup d’absurdités et j’ai toujours eu beaucoup de compassion pour ceux qui les subissaient. Mon métier de consultant m’a permis de découvrir des dizaines de milieux professionnels différents. Mais quand vous parlez du travail à quelqu’un qui, par exemple, travaille dans une banque depuis 15 ans, pour lui ce n’est pas absurde…c’est son quotidien, il n’a pas le recul que nous pouvions avoir nous consultant.

Celà étant dit pour moi une des plus grandes absurdités c’est ceci: J’ai cotoyé des centaines d’organisations différentes et elles ont toutes les mêmes problèmes. On pourrait faire un top 10 des problèmes qu’on les organisations et tous se retrouveraient dedans. L’ordre du top 10 change d’une organisation à l’autre bien entendu. Le numéro 1,2 ou 3 est différent de l’une à l’autre. Mais Entreprises, écoles, hôpitaux, associations, ils ont tous les mêmes problèmes, ça m’a marqué.

Ce qui m’a marqué c’est aussi la fragilité des initiatives positives. Parfois on met des années à construire quelque chose d’humain et efficace et un nouveau manager ou directeur débarque et, voulant bien faire, casse tout en trois mois.

Si vous étiez membre du gouvernement et que vous aviez le pouvoir de changer une seule chose dans le monde du travail, quelle serait votre première décision ?

Bruno Sbille : Investir de manière extrêmement conséquente dans l’enseignement. S’assurer que tout au long du processus on s’assure qu’on aide les jeunes à découvrir leurs passions, leurs talents et à développer leur connaissance de soi. Revaloriser le métier de prof et prendre plus en compte ce que la science nous dit.

Par exemple appliquer les recommandations de Céline Alvarez, qui dans son dernier essai Pourquoi il faut apprendre à lire en maternelle nous explique comment, apprendre à lire dès la maternelle permet de réduire les inégalités scolaires (et sociales) dès le plus jeune âge. Elle n’a rien inventé mais s’inspire de milliers d’études scientifiques déjà réalisées. Les études ont été réalisées en langue anglaise ce qui explique peut-être le retard d’application dans les pays francophones. En Angleterre, Australie etc. c’est déjà d’application.

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Le livre

Bruno Sbille — Le jour où j’ai cessé d’attendre le vendredi
Le Courrier du Livre
Parution : 27 août 2026
312 pages – 18 €

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Sources & crédits:

  • Bruno Sbille, interview exclusive accordée au Journal des Bonnes Nouvelles, septembre 2026.
  • Bruno Sbille, Le jour où j’ai cessé d’attendre le vendredi, Le Courrier du Livre, 2026.
  • Le Courrier du Livre, communiqué de presse, août 2026.
  • Crédits visuels : couverture © Le Courrier du Livre. Portrait de Bruno Sbille : DR, avec l’aimable autorisation de Bruno Sbille. Visuels : JDBN.