À quinze ans, Pierre Yonas voit le camion de déménagement de sa famille d’accueil partir sans lui. Il se retrouve à la rue. Aujourd’hui, le médium et auteur revient sur ce parcours dans De la Terre au Ciel, publié chez Mama Éditions : une enfance marquée par les abandons, des années de survie, puis des rencontres qui lui permettent de retrouver une place et de construire sa vie.
Comment préserver sa capacité à aimer, à s’émerveiller et à faire confiance à la vie après de telles épreuves ? Pierre Yonas y répond à travers son histoire, sa manière d’habiter l’instant présent et la place qu’il accorde au pardon. Il partage également les expériences qu’il associe à sa médiumnité et les convictions spirituelles qui accompagnent son chemin.
Pour le Journal des Bonnes Nouvelles, Anne Bouquet l’a interrogé sur cette traversée intime, sur les personnes qui l’ont aidé à se relever et sur ce qu’il souhaite aujourd’hui transmettre.
INTERVIEW
Se raconter pour transmettre
Anne Bouquet : Votre dernier ouvrage, « De la Terre au Ciel », nous invite à découvrir votre parcours, entre ombres et lumière. Vous vous mettez à nu, sans détour. Pourquoi avoir choisi de publier ce récit intime, à ce moment de votre vie ?
Pierre Yonas :
Il n’était pas forcément évident pour moi de me livrer sur le plan personnel. Mes précédents ouvrages traitaient de la médiumnité, mais je n’ai jamais réellement dévoilé ma vie.
Je suis un homme pudique quand il s’agit de parler de ma souffrance, de mes sentiments, de mes relations.
Mon parcours m’a plutôt poussé à créer une barrière et à être dans l’observation et la vigilance.
Ce livre, je ne l’ai pas écrit pour guérir car je suis déjà guéri. D’ailleurs, je n’aurais pas pu aller au bout de ce projet si tel n’avait pas été le cas.
Ce récit autobiographique et initiatique me permet de transmettre des messages universels : la résilience, la foi en la vie, le pardon permettent de surmonter les obstacles.
La lumière s’invite toujours sur notre chemin, à un moment ou à un autre.
Ma manière de percevoir les choses, de réceptionner les événements peut aider des personnes qui sont en souffrance ou en errance.
Les premiers retours de lecteurs me réjouissent. Certains me disent que ce livre leur a fait du bien.
Je suis profondément ému car ce récit, au-delà de son caractère intime, se veut être un remède qui apaise la douleur, la solitude ou l’incompréhension.
Une enfance bouleversée par les abandons
Anne Bouquet : Vous avez vu le jour à Dreux. Abandonné par votre mère, vous allez grandir entre drames et petits bonheurs. Au décès brutal de votre père nourricier, vos capacités médiumniques vont se révéler…
Pierre Yonas :
Dès les premières semaines de ma vie, j’ai vécu l’abandon par ma mère. J’ai été ballotté jusqu’à l’âge de mes trois ans.
Puis j’ai été reconnu orphelin de la DDASS.
Et une famille d’accueil m’a pris sous son aile. Mon frère, lui aussi abandonné, était avec moi dans cette aventure.
Inconsciemment, j’ai compris dès mes jeunes années que je devais vivre l’instant présent.
J’étais un enfant qui s’émerveillait de tout. Intérieurement, je prenais tout ce que la vie m’offrait, avec joie.
J’éprouvais une profonde affection pour mon père nourricier.
Mais un autre drame est arrivé.
J’étais à l’école. Et d’un coup, je me suis vu projeté dans la chambre de mon père nourricier.
Il me tournait le dos. Et je l’ai vu se pendre.
Je me suis mis à hurler en classe. Et j’ai crié : « Papa s’est suicidé ! »
Le soir même, j’ai appris la mort de mon père nourricier par pendaison…
J’ai ensuite vécu au jour le jour, dans cette nouvelle réalité. Avec le sentiment, une fois de plus, d’avoir été abandonné.
La famille s’est déchirée. Chacun a montré une autre facette de sa personnalité.
Anne Bouquet : À l’âge de quinze ans, vous subissez, une fois de plus, un nouvel abandon. Et votre vie bascule…
Pierre Yonas :
Ma mère nourricière avait refait sa vie.
Nous allions déménager dans une autre ville. Nous étions en train de fermer le camion de déménagement.
Alors que je m’apprêtais à monter dans ce camion, ma mère nourricière m’a repoussé et elle m’a dit froidement, en me regardant dans les yeux : « Il n’y a pas de place pour toi. »
La porte s’est fermée et le camion est parti.
Je me suis retrouvé au sol, à genoux, seul, choqué comme un boxeur qui prend un uppercut. Mon âme s’est recroquevillée.
C’est un ami qui m’a relevé…
Après cet abandon de trop, je me suis retrouvé à la rue.
Durant des années, j’ai vécu en SDF, à lutter pour survivre.
Mon instinct animal a pris le dessus. Tous mes sens étaient en alerte.
Ma rage de vivre m’a fait avancer.
Ma foi inébranlable en la vie m’a rempli de lumière.
Je savais au fond de moi que j’allais m’en sortir.
Ces rencontres qui aident à se relever
Anne Bouquet : On parle beaucoup des guides dans le monde invisible. Mais il en existe aussi sur terre. Vous avez fait des rencontres qui vous ont aidé à vous relever…
Pierre Yonas :
Même dans l’obscurité la plus sombre, il existe des possibilités qui permettent de modifier une réalité.
Grâce à des connaissances, des amis, qui ont été des phares dans la tempête, j’ai réussi à trouver du travail, ici et là.
Peu à peu, je me suis relevé socialement parlant, et chaque victoire était une bénédiction que je savourais.
Mes capacités de médium et de magnétiseur, que je ne mettais jamais en avant, ont attiré à moi des personnes qui ont toutes eu leur importance dans mon cheminement.
On me demandait de soulager les douleurs physiques, d’éclairer les chemins et de mettre en contact des personnes avec leurs chers disparus. Ces chers disparus que j’aime appeler « Nos Amours ».
À titre d’exemple, une dame âgée, à qui je rendais service pour ses courses, m’a sollicité pour des contacts avec ses défunts.
Car elle avait réalisé que je voyais des personnes qui évoluent dans le monde invisible…
Moi, Pierre, qui étais encore à l’état de « chiffon » — c’est le cas lorsque l’on vit dans la rue —, j’étais attendu, écouté, respecté par cette femme.
Elle a parlé de moi. Et le bouche-à-oreille a fait le reste.
Bien plus tard, j’ai décidé de mettre ma médiumnité au centre de ma vie, en m’installant comme médium et magnétiseur à Cannes et à Paris.
Anne Bouquet : Votre médiumnité et vos talents de guérisseur ont été rapidement mis en lumière par les médias. Comment avez-vous vécu cette reconnaissance ?
Pierre Yonas :
À l’époque, je me suis toujours demandé pourquoi les médias s’intéressaient à moi. Car je n’ai pas plus de facultés que d’autres médiums.
Mais étant donné que je vis le moment présent depuis mon enfance, j’ai vécu ces expériences avec gratitude et confiance, sans me poser trop de questions.
Vous savez, c’était en fait une réelle opportunité pour moi d’expliquer aux gens que la vie est bien plus grande que nous le pensons, que notre existence ne s’arrête pas à notre réalité physique.
Et que la mort n’est qu’un passage car notre vie continue après, sous une autre forme.
Nous étions à la fin des années 90, les médiums étaient souvent perçus, à cette époque, comme des « illuminés ». J’ai eu cette chance d’être écouté et jamais ridiculisé.
Je voyais cette médiatisation comme une confirmation de ma raison d’être : en tant que médium et guérisseur, ma mission était de témoigner, de transmettre et d’aider.
Je n’oublie pas d’où je viens, ce que j’ai traversé.
Je n’ai pas besoin de briller pour exister.
Le pardon au cœur de son cheminement
Anne Bouquet : Vous avez traversé beaucoup d’épreuves et vous semblez toujours avoir pardonné à ceux qui vous ont fait du mal. Le pardon est, selon vous, l’une des clés de la guérison…
Pierre Yonas :
Depuis l’enfance, j’ai cette aptitude du pardon.
Je ne me force même pas.
Toutes les personnes qui m’ont fait du mal au cours de ma vie sont pardonnées. Ce n’est pas un pardon « intellectuel ». C’est inné chez moi.
Une fois que l’âme commence son travail de pardon, elle nous murmure des informations importantes.
Il suffit d’effectuer cet exercice pour savoir si le pardon est réellement acté en vous.
Par exemple, quand vous racontez un événement en lien avec une personne qui vous a blessé, il peut arriver que vous vous mettiez à trembler, à pleurer. Vous revivez alors la séquence, en étant traversé par des émotions remuantes.
Quand vous pardonnez, cela ne vous fait plus rien.
Aucune émotion bloquante ou paralysante. Vous êtes guéri.
C’est toute la différence.
Le pardon est le plus grand médicament pour soi-même.
Pardonner replace l’âme qui a été totalement froissée par la souffrance.
Anne Bouquet : Des années plus tard, vous avez rencontré votre mère biologique, sans rancœur, sans émotion négative.
Pierre Yonas :
En réalité, je n’ai jamais souffert de l’absence de ma mère biologique.
Mon frère, quant à lui, était meurtri par cet abandon.
Je l’ai retrouvée car mon frère me l’a demandé durant des années.
Je l’ai donc vue pour apaiser la souffrance de mon frère. J’ai également eu la confirmation de ce que je ressentais.
Ma mère ne voulait pas me voir, sa famille non plus.
Mon frère, quant à lui, a pu comprendre. Cela l’a beaucoup aidé.
De mon côté, je continue ma vie, dans l’instant présent, les sens ouverts comme un animal qui sent, ressent et qui voit.
Partager et transmettre
Anne Bouquet : Revenons à votre activité de médium. On vous retrouve pour des conférences et des séminaires de formation aux quatre coins de la France. Vous êtes toujours dans le partage et la transmission.
Pierre Yonas :
Je donne toujours des consultations de contacts avec « Nos Amours » du monde invisible mais je dois préciser que mon planning est rempli jusqu’en novembre 2027.
J’ai formé plusieurs magnétiseurs au fil du temps, et ils vont prendre le relais lorsque j’arrêterai cette activité.
Je propose en effet des séminaires pour que les participants se guérissent eux-mêmes.
Il s’agit de séminaires sur la médiumnité, sur la communication animale. Bientôt, je proposerai aussi des séminaires dédiés à la régression afin de guérir de ses phobies et de ses peurs.
Bien entendu, ces séminaires de plusieurs jours ne remplacent pas des années d’apprentissage mais ils permettent aux participants de prendre leur place, de s’autoriser à être eux-mêmes. D’ouvrir le champ des possibles.
Préserver son regard sur les belles choses
Anne Bouquet : Nous vivons une époque remuante et parfois fatigante. Quels conseils pourriez-vous donner à ceux qui nous lisent, afin de rester en équilibre ?
Pierre Yonas :
On nous montre aujourd’hui beaucoup de souffrance dans le monde mais il existe tant de belles choses dans la vie !
Si vous écoutez deux mauvaises nouvelles et une bonne nouvelle, vous retiendrez généralement les mauvaises.
On se conditionne soi-même dans la souffrance, dans la peur d’un lendemain difficile, alors qu’il n’existe pas encore…
Toutes ces informations sombres et anxiogènes affectent énormément les jeunes et j’ai beaucoup de peine pour eux.
Il n’est pas très bon d’écouter tout ce qui se dit même si nous devons vivre dans cette réalité.
Transformer notre microcosme en jardin d’amour et de bienveillance me paraît essentiel de nos jours. Et profiter de chaque jour.
Avoir le regard d’un enfant et s’émerveiller.
Être dans la foi en soi, en la vie, c’est aussi créer un égrégore lumineux et rayonnant qui a un impact positif sur notre entourage.
Nous avons cette âme en nous, qui est une parcelle du divin. Ce sont nos choix qui la rendent rayonnante ou sombre.
La lumière et l’amour sont les clés. Nos chers disparus, « Nos Amours », ne cessent de nous le rappeler…
Merci à Pierre Yonas pour la confiance accordée au Journal des Bonnes Nouvelles et à Anne Bouquet pour avoir mené cet entretien avec attention et sensibilité.
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Sources : Entretien de Pierre Yonas réalisé par Anne Bouquet pour le Journal des Bonnes Nouvelles ; De la Terre au Ciel — Guérir du passé et révéler sa force pour atteindre la lumière, Pierre Yonas, Mama Éditions.
Crédits photos et visuels : Photographie de Pierre Yonas : Cris Noe. Couverture du livre : Mama Éditions. Montage JDBN





















