Après avoir passé plus de trente-cinq ans au chevet de ses patients, le médecin anesthésiste-réanimateur livre au JDBN une réflexion profondément humaine sur la conscience, l’espoir, le pardon et le sens de la vie.

Certains le considèrent comme un pionnier. D’autres comme un provocateur.

Depuis plusieurs décennies, le Dr Jean-Jacques Charbonier explore des territoires qui continuent de diviser : les expériences de mort imminente, les états modifiés de conscience, l’hypnose ou encore la possibilité que notre conscience survive à la mort du corps.

Ses travaux lui ont valu autant de passionnés que de détracteurs.

Mais au fil de notre échange, une évidence s’est imposée : derrière les débats, les controverses et les théories, se trouve avant tout un homme qui n’a jamais cessé de s’interroger.

Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas une certitude qui anime Jean-Jacques Charbonier.

C’est le doute.

Pour le Journal des Bonnes Nouvelles, il a accepté de répondre à nos questions avec une sincérité parfois désarmante. Il y évoque ce qui l’intrigue encore, les critiques qu’il reçoit, le rôle de l’espoir dans la guérison, son rapport à la mort et le message qu’il souhaiterait transmettre aux générations futures.

INTERVIEW

Sophie Denis :

Vous consacrez votre vie à explorer l’invisible. Quelle est aujourd’hui la question à laquelle vous n’avez toujours pas trouvé de réponse ?

On vous demande souvent ce que vous savez. J’aimerais savoir ce qui vous intrigue encore.

Jean-Jacques Charbonier :

Le point qui m’intrigue le plus dans tous les retours d’expériences que j’ai explorés, c’est la coexistence simultanée de notre conscience sur plusieurs plans car il semblerait que cela soit possible.

Une entité pourrait être « joignable » dans l’au-delà – par la médiumnité ou par l’hypnose que je pratique – tout en étant en même temps déjà réincarnée sur Terre. En fait, tout se passe comme si une partie de nous-mêmes, de notre propre conscience, était déjà dans l’au-delà.


Sophie Denis :

Vous parlez souvent de conscience. Mais avez-vous déjà traversé une période où vous avez vous-même douté de tout ce que vous défendez aujourd’hui ?

Si oui, qu’est-ce qui vous a permis de continuer ?

Jean-Jacques Charbonier :

Je suis en permanence dans le doute. J’accueille avec respect et humilité les récits des personnes en état de conscience modifiée. J’ai néanmoins acquis au fil des années et de mes recherches une intime conviction : la vie ne s’arrête pas au moment de la mort et la conscience est reçue par le cerveau ; elle n’est pas fabriquée ou sécrétée par lui.

Cette conviction acquise au fil du temps est le constat d’un échec : celui du modèle que l’on m’avait appris en médecine.


Sophie Denis :

Vos détracteurs vous accusent parfois d’entretenir des croyances plutôt que de produire de la science. Quelle est la critique la plus pertinente que l’on vous ait adressée ?

Et qu’a-t-elle changé dans votre manière de travailler ?

Jean-Jacques Charbonier :

Les critiques pertinentes soulignent que les hypothèses que je défends ne reposent que sur des témoignages et n’ont donc aucune valeur scientifique. C’est exact. Mais est-ce que l’on doit les nier sous prétexte qu’il n’y a aucun outil scientifique capable de les évaluer ? Je ne crois pas.

La science est incapable d’évaluer des sentiments, les dimensions subtiles de la conscience ou les expériences transcendantes.

La plupart du temps, la science confond causalité et corrélation. Par exemple, il y aura des corrélâts neuronaux qui donneront des activités cérébrales visibles à l’IRM quand on est en joie. Mais cette activité n’est pas la cause de la joie ; c’est le signal d’activation d’un organe. Rien de plus. Si on mesure l’activité des muscles autour de la bouche quand la joie anime un sourire, c’est aussi un corrélât mais pas la cause de la joie.


Sophie Denis :

À l’inverse, y a-t-il une critique que vous considérez totalement injuste et qui vous blesse encore aujourd’hui ?

Jean-Jacques Charbonier :

Oui, certaines personnes pensent que l’argent est ma motivation principale car mes livres et toutes mes activités d’hypnose sont payantes.

C’est bien sûr faux et injuste.

D’ailleurs ce détachement particulier que j’aie par rapport à l’argent est si marginal que cela m’a valu une expertise psychiatrique ! Au début, mes ateliers d’hypnose me rapportaient 20 fois moins d’argent que mon métier de médecin anesthésiste réanimateur, si bien que le Conseil de l’Ordre des médecins m’a fait subir cette expertise car il ne comprenait pas pourquoi je persistais à pratiquer mes hypnoses au risque de perdre un métier aussi lucratif que celui que j’exerçais dans une clinique privée. Cette expertise s’est avérée normale…


Sophie Denis :

Après avoir accompagné des milliers de personnes confrontées à la maladie, au deuil ou à la peur de mourir, qu’avez-vous appris sur l’espoir ?

Est-ce une force intérieure, une énergie, une illusion utile ou autre chose ?

Jean-Jacques Charbonier :

Tout le monde connaît ce vieil adage « l’espoir fait vivre ». J’ai pu vérifier sa pertinence pendant mes 35 années d’exercice médical auprès de mes patients. Certains, animés par une conviction réelle de guérison ont effectivement guéri contre toute attente. Pour d’autres, cette conviction n’était pas suffisante. Pourquoi ? Mystère…

À contrario on pourrait aussi dire « le désespoir fait mourir » car quand certains médecins annoncent avec froideur à leurs patients qu’ils n’en n’ont plus que pour deux mois ou trois ans à vivre, les condamnés programment leur mort à l’échéance fixée sans se laisser le moindre espoir de sortie alors que les guérisons inexpliquées ou miraculeuses existent.


Sophie Denis :

Certains lecteurs vous suivent depuis vingt ans. D’autres vous considèrent comme un provocateur. Quel regard portez-vous sur cette polarisation autour de votre travail ?

Jean-Jacques Charbonier :

Il est normal que l’on provoque des réactions hostiles quand on souhaite faire bouger les lignes. C’est le lot de tous les précurseurs. Je le dis sans fausse modestie : ce que je propose sur le fonctionnement de la conscience est une véritable révolution copernicienne, et donc oui, j’appartiens à cette famille de précurseurs qui ont toujours été violemment attaqués.

Je ne m’en plains pas. Le pire serait l’indifférence.


Sophie Denis :

Vous avez passé votre carrière à étudier la mort. Quel est aujourd’hui votre rapport personnel au temps qui passe et à votre propre finitude ?

Jean-Jacques Charbonier :

Je n’ai absolument pas peur de la mort. Au fil du temps elle se rapproche de moi et je la vois arriver avec sérénité car je sais que le plus beau jour de ma vie sera celui de ma mort.

Maintenant, je ne suis pas très courageux et je redoute la douleur et la souffrance, alors j’espère que le passage sera rapide et indolore.


Sophie Denis :

Si vous pouviez laisser un seul message à vos petits-enfants ou aux générations futures, indépendamment de toutes vos recherches, quel serait-il ?

Jean-Jacques Charbonier :

La vie est magnifique, il faut la vivre pleinement, sans peur, sans colère, sans haine. Il faut aimer sans détour et apprendre à pardonner.

Le pardon est le secret du bonheur et de la guérison.

Au terme de cet échange, Jean-Jacques Charbonier laisse apparaître un visage bien différent de celui que l’on imagine parfois.

Derrière le médecin, l’auteur et le chercheur se trouve un homme qui revendique le doute, assume les critiques et continue de s’émerveiller devant les mystères qu’il n’explique pas encore.

Et lorsqu’on lui demande quel héritage il souhaite transmettre, il ne parle ni de conscience, ni d’hypnose, ni d’après-vie.

Il parle d’amour.

Il parle de pardon.

Il parle de vie.

Peut-être parce qu’après avoir passé une grande partie de son existence à étudier la mort, il a compris quelque chose d’essentiel :

ce qui compte n’est pas seulement ce qui nous attend après. C’est ce que nous faisons du temps qui nous est offert avant.

Lire aussi: Pourquoi certains guérissent-ils et d’autres non ? Le regard du Dr Jean-Jacques Charbonier

La bonne nouvelle

La bonne nouvelle, c’est qu’il n’est jamais trop tard pour aimer davantage, pardonner un peu plus et vivre pleinement l’instant présent.

Attention : selon la loi de l’abondance, garder une bonne nouvelle pour soi pourrait bloquer votre karma. Partagez cet article… par pure prudence cosmique.