Un outil neutre, un usage qui ne l’est pas

Les réseaux sociaux ne sont ni bons ni mauvais. Ils sont des outils. Leur valeur dépend exclusivement du discernement de ceux qui les utilisent. Les personnes capables de recul, de discernement et de hiérarchisation de l’information savent s’en servir pour informer, relier, éveiller, transmettre. Les autres s’y perdent, s’y défoulent, s’y abrutissent parfois. Il faut avoir le courage de le dire : la maturité émotionnelle et la conscience critique conditionnent l’usage sain des réseaux sociaux.

Nous ne reviendrons pas en arrière. Le monde numérique est là pour rester. Mais il peut être épuré. Trier, modérer, exclure ce qui abîme n’est pas un recul démocratique, c’est une étape de maturité. Toutes les avancées technologiques traversent une phase d’excès avant d’apprendre la responsabilité. Les réseaux sociaux n’y échappent pas.

Ignorance et bêtise, les vrais fléaux

La haine prospère rarement sur la réflexion. Elle s’enracine dans l’ignorance et se nourrit de la bêtise, deux fléaux contemporains trop souvent sous-estimés. L’ignorance n’est pas l’absence de savoir, c’est le refus d’apprendre. La bêtise n’est pas un manque de capacités intellectuelles, c’est l’incapacité à se remettre en question.

Sur les réseaux, ces forces agissent comme des accélérateurs de violence. On lit mal, on comprend vite, on interprète encore plus vite. Les phrases sont sorties de leur contexte, grossies, tordues, instrumentalisées. Le réel est sacrifié sur l’autel de l’indignation permanente, et la nuance devient suspecte.

La haine n’est jamais une opinion

La haine ne relève pas du débat démocratique. Elle ne cherche pas à comprendre, elle cherche à écraser. Elle révèle toujours un malaise intérieur fait de colère, de culpabilité, d’ennui et de peur. Ces quatre émotions toxiques apparaissent lorsque l’on s’est éloigné de l’essentiel : la nature, le vivant, le lien humain direct, l’amour sous toutes ses formes.

Le hater vit hors-sol. Il ne dialogue pas, il projette. Il ne nuance pas, il condamne. Il ne crée pas, il détruit verbalement ce que d’autres ont eu le courage d’assumer publiquement. La critique devient un substitut d’existence.

Assumer ma parole : ce que je vois en tant que médium

Je choisis ici de parler sans détour. Oui, cette formule est prémonitoire, et je l’assume pleinement : Chronique d’une haine en voie d’extinction. En tant que médium, mais surtout en tant que femme profondément ancrée dans le réel, je perçois un basculement majeur. Le monde change, non pas à la surface, mais en profondeur. Ce changement emporte avec lui celles et ceux qui refusent de comprendre l’enjeu fondamental de notre époque : le retour à l’essentiel.

La haine n’est pas seulement un excès de langage. Elle est un indicateur. Elle signale une déconnexion avancée du vivant, de la nature, des animaux, du corps, du lien humain direct. Elle révèle un éloignement de l’amour au sens large : aimer créer, aimer protéger, aimer relier. Ce qui est nourri par la colère, la culpabilité, l’ennui et la peur ne peut pas durer. Ces énergies s’épuisent. Elles se consument d’elles-mêmes.

Je le dis avec lucidité et une pointe d’ironie nécessaire : si j’avais vécu au Moyen Âge, cette époque où l’obscurantisme faisait office de pensée dominante, j’aurais sans doute été brûlée sur le bûcher mille fois. Comme toutes celles et ceux qui pensaient autrement, voyaient plus loin, refusaient de se taire. Une époque où le discernement dérangeait, où la parole libre faisait peur, où l’on condamnait ce que l’on ne comprenait pas. Il est frappant de constater que certains réflexes n’ont pas disparu, ils ont simplement changé de décor. Le bûcher est devenu numérique, la foule anonyme, et l’ignorance s’exprime désormais en commentaires.

Dire que les haters sont « voués à mourir » n’est ni une menace ni une provocation. C’est un constat symbolique. Leur posture n’a plus de prise sur le monde qui vient. Elle devient obsolète, inaudible, hors-fréquence. Le changement en cours ne punit pas : il trie. Et il laisse sur le bord de la route celles et ceux qui refusent d’évoluer.

Le monde change, et la haine s’épuise

Assumer que la haine est « en voie d’extinction » n’a rien d’un slogan. C’est une lecture lucide du mouvement à l’œuvre. Le monde qui s’installe demande de la responsabilité, du discernement, du lien réel. La haine est énergivore, stérile, répétitive. Elle s’assèche d’elle-même.

L’exemple Bardot, quand la haine travestit le réel

La polémique récurrente autour de Brigitte Bardot illustre parfaitement cette mécanique. Bardot dérange depuis toujours : par sa liberté de femme, par son refus des normes, par son retrait volontaire du système, et surtout par son engagement constant et radical pour la cause animale.

Contrairement à la caricature entretenue sur les réseaux, elle ne s’est jamais définie comme une figure politique. Elle l’a répété à de nombreuses reprises : son combat est celui des animaux et, par extension, du vivant. Ses prises de position électorales n’ont jamais été idéologiques, mais utilitaristes. Elle soutient ceux qui promettent de mieux protéger les animaux et la planète, et elle a rencontré peu, très peu, trop peu.

Des propos sortis de leur contexte

De nombreuses phrases qui lui sont attribuées circulent tronquées, amplifiées, parfois déformées. Les sciences de l’information l’ont montré : les citations sorties de leur contexte constituent l’un des carburants majeurs de la haine numérique. Dans le cas de Bardot, la mécanique est flagrante. Des déclarations anciennes, parfois maladroites, sont recyclées, isolées de leur époque et de leur intention initiale.

La réduire à une étiquette infamante relève d’un raccourci intellectuel et historique profondément malhonnête. Bardot n’a jamais été une militante politique structurée, encore moins une idéologue. Elle a toujours été une femme libre, instinctive, parfois brute dans ses mots, mais cohérente dans son combat pour les animaux, bien avant que l’écologie et la cause animale ne deviennent socialement valorisées.

Ce que Brigitte Bardot a concrètement changé pour les animaux

Au-delà du vacarme et des caricatures, il faut rappeler un fait essentiel : Brigitte Bardot a contribué, par une action constante et structurée, à des avancées majeures et durables pour la protection animale.

Par l’intermédiaire de la Fondation qu’elle a créée en 1986, elle a pesé sur l’évolution des pratiques d’abattage en France, en militant pour des méthodes visant à réduire la souffrance animale, notamment par la généralisation de dispositifs d’étourdissement préalables.

Elle a joué un rôle déterminant dans la lutte contre la chasse aux phoques, qui a abouti à l’interdiction européenne du commerce de leurs produits.

Son engagement de longue date contre l’expérimentation animale a accompagné l’adoption, au niveau de l’Union européenne, de l’interdiction totale des tests cosmétiques sur les animaux et de la commercialisation de produits qui y recourent.

Elle a également contribué à faire évoluer le droit français avec la reconnaissance de l’animal comme être vivant doué de sensibilité dans le Code civil.

Sur la question de la fourrure, elle a été l’une des premières à dénoncer publiquement les conditions d’élevage et de mise à mort, participant à un basculement culturel qui s’est traduit par l’interdiction des élevages de fourrure dans de nombreux pays européens et, en France, par la loi de 2021 mettant fin aux derniers élevages de visons.

À cela s’ajoutent des campagnes continues contre le trafic d’animaux, pour la protection de la faune sauvage et pour une meilleure prise en compte du bien-être animal dans les politiques publiques.

Des avancées obtenues non par opportunisme politique, mais par une pression morale et juridique exercée sur plusieurs décennies.

Quand la récupération politique ajoute du bruit au bruit

Depuis des années, et plus encore aujourd’hui, Brigitte Bardot est l’objet d’une récupération politique aussi paresseuse qu’odieuse. Des propos anciens, parfois maladroits, souvent sortis de leur contexte, sont régulièrement instrumentalisés pour la faire entrer de force dans des grilles idéologiques qui n’ont jamais été les siennes.

Bardot n’a jamais été une stratège politique, ni une militante de parti. Elle l’a répété : son combat était celui des animaux, du vivant, et de ce qu’elle percevait comme une urgence morale, bien avant que ces sujets ne deviennent consensuels ou électoralement rentables.

La mécanique est désormais bien connue : on isole une phrase, on la détache de son époque, on la grossit, puis on la recycle à l’infini sur les réseaux sociaux et dans certains discours politiques.

Ce processus ne cherche ni la compréhension ni la nuance ; il fabrique du bruit. Il alimente la haine plus qu’il n’éclaire le réel.

Cette récupération dit moins de Bardot que de notre époque, incapable de tolérer la complexité et avide de raccourcis accusatoires.

En réalité, Brigitte Bardot a fait, par son engagement constant et concret pour la cause animale, bien plus que l’ensemble des gouvernements qu’elle a traversés, souvent prompts aux déclarations, mais pauvres en actes durables en faveur du vivant.

Le courage de dire ce que l’on pense

Ce que les haters ne pardonnent pas, à Bardot comme à d’autres, ce n’est pas tant ce qui est dit que le fait d’oser le dire. Sans filtre, sans calcul, sans recherche d’approbation. Dans une époque obsédée par l’image et la validation permanente, cette liberté dérange.

Donner son vote à qui promet de faire le bien pour les animaux et la planète n’a rien d’extrémiste. C’est une posture éthique, d’autant plus légitime au regard de l’état de nos gouvernements successifs et de leur inaction écologique. Transformer cela en procès idéologique relève d’une profonde paresse intellectuelle.

Épurer plutôt que censurer

Il ne s’agit pas de faire taire la contradiction, mais d’écarter la bêtise agressive. Les réseaux sociaux peuvent et doivent être épurés. Bannir les haters n’est pas une atteinte à la liberté d’expression, c’est une mesure d’hygiène collective. La liberté ne consiste pas à aboyer sans conséquence, mais à s’exprimer dans un cadre responsable.

Ce qui survivra à la haine

Les haters passeront. Leur bruit s’éteindra avec eux. Ce qui restera, ce sont les engagements sincères, les combats justes, le lien au vivant, la pensée libre. Les voix alignées, qu’elles dérangent ou non, continueront d’avancer. Les autres s’agiteront encore un temps.

Puis le silence retombera.
Et dans ce silence, il restera l’essentiel.

Sophie Denis, Médium et Fondatrice du JDBN, en exclusivité pour le JDBN

Sources : JDBN – Journal des Bonnes Nouvelles – Fondation Brigitte Bardot – AFP – Le Monde – Paris Match – CNRS (désinformation et citations hors contexte) – INA – Crédits photos : ©JDBN – Despositphotos – Montage JDBN