Une sagesse venue du Pacifique

Au cœur de l’océan Pacifique, sur l’archipel de Vanuatu, circule un mythe ancien qui parle à chaque être humain, quels que soient son époque ou sa culture. Ce récit mélanésien raconte que tout homme est tiraillé entre deux besoins fondamentaux :

  • Le besoin de la Pirogue, symbole du voyage, du mouvement, de l’arrachement à soi-même pour découvrir le monde et s’ouvrir à l’inconnu.

  • Le besoin de l’Arbre, symbole de l’enracinement, de l’identité, des racines qui nous rappellent qui nous sommes et d’où nous venons.

Ce tiraillement est universel : tantôt nous rêvons d’horizons lointains, tantôt nous ressentons l’appel du foyer, de la terre, de la stabilité.


Errer entre deux pôles

Le mythe raconte que les hommes passent leur vie à osciller entre ces deux besoins. Ils cèdent parfois au désir de la Pirogue – partir, explorer, changer de cap – puis, fatigués de l’errance, ils retournent à l’Arbre – retrouver leurs racines, se recentrer, réapprendre à habiter leur identité.

Cette alternance peut sembler contradictoire, mais elle reflète le rythme naturel de l’existence. Qui n’a jamais ressenti ce double appel : celui du départ et celui du retour ?


La révélation du mythe : unir les contraires

Mais le plus beau message de ce mythe réside dans sa conclusion :
« Jusqu’au jour où l’homme comprend que c’est avec l’Arbre qu’on fabrique la Pirogue. »

Autrement dit : nos racines nourrissent notre capacité à nous envoler. L’identité ne nous enferme pas, elle nous donne la force et la matière pour entreprendre le voyage. De même, l’expérience du voyage enrichit et fortifie nos racines.

C’est en conciliant l’ancrage et le mouvement, en unissant la stabilité et l’exploration, que l’être humain trouve son équilibre.

Une leçon pour notre monde moderne

À l’heure où nous cherchons sans cesse un sens à nos vies, où la tentation d’aller « toujours ailleurs » côtoie le besoin de se reconnecter à soi, ce mythe de Vanuatu résonne avec une intensité particulière.

Il nous rappelle que le voyage n’est pas une fuite mais une extension de nos racines. Et que l’enracinement n’est pas une prison, mais une ressource vivante qui nous permet d’aller plus loin.

Alors, la prochaine fois que vous ressentirez cette dualité – rester ou partir, s’ancrer ou s’arracher –, souvenez-vous de cette sagesse du Pacifique : c’est avec l’Arbre que l’on fabrique la Pirogue.


Bonne nouvelle : nous n’avons pas à choisir entre identité et exploration, entre stabilité et liberté. La vie nous invite à embrasser les deux, à nous enraciner pour mieux partir, à voyager pour mieux revenir.


👉 Et vous, êtes-vous aujourd’hui dans la Pirogue ou auprès de l’Arbre ?

Sources et références: JDBN – Jean-Claude Guillebaud, La Force de conviction, Éditions du Seuil, 2005 – Marc Augé, travaux d’anthropologie sur les mythes océaniens – Frédéric Lenoir, Du bonheur, un voyage philosophique, Fayard, 2013 – Patrick Viveret, conférences et interventions publiques sur la sagesse des mythes. Crédits photos: DepositPhotos

1 COMMENTAIRE