Le 17 octobre donc demain, marquera le départ du Grand Raid à La Réunion, course de montagne internationale récemment élue « course la plus mythique du monde » selon un sondage réalisé par L’Equipe.fr. Pour la quatrième année consécutive, aux côtés de professionnels et d’anonymes, Murielle, une bénévole soucieuse de l’errance animale sur l’île, s’élancera à l’assaut des 166 kilomètres et 9611 mètres de dénivelé positif cumulé. Son objectif ? Sensibiliser le maximum de personnes à ce qui est une réelle problématique.

La « Diagonale des Sans Voix », clin d’œil assumé au surnom de la célèbre course, telle est l’action portée par l’association REVEZ sur le Grand Raid.

Sa 1ère édition a eu lieu en 2016, sous l’impulsion de deux particuliers bénévoles souhaitant profiter de la couverture médiatique et touristique de « La Diagonale des Fous », pour donner de la visibilité au problème que constitue l’errance animale à La Réunion, mais aussi aux possibilités d’y faire face par de multiples actions, mal connues du public.

Lors des trois premières éditions, Murielle a franchi vaillamment la ligne d’arrivée,quand on dénombre en moyenne près de 29% d’abandons. En 2018, 33 coureurs ont pris le départ sur les différentes courses pour les « Sans Voix ». Murielle, blessée à la cheville dès le début de la course, a malgré tout franchi la ligne d’arrivée après 3 nuits à crapahuter dans les cirques, en 61 heures et 13 minutes, se classant 170ème au classement général féminin et 38ème de sa catégorie.

Le 17 octobre, Murielle comptera parmi les 10.2% de femmes, sur 2902 coureurs, qui prendront le départ de la course, aux côtés de coureurs déterminés à donner de la voix à ceux qui n’en n’ont pas.

REVEZ, à ses côtés depuis le début de son aventure, s’organise pour honorer sonengagement : sensibiliser la population, en restant fidèle au message qu’elle veut fairepasser. L’association n’a pas pour vocation d’agir sur le terrain en faisant du sauvetage.Son but est d’interpeller les pouvoirs publics mais aussi la population et les médias sur la mise en œuvre d’une stratégie de lutte efficace et humaine contre l’errance animaleà la Réunion. REVEZ prône notamment l’idée de campagnes de sensibilisation et d’information des propriétaires d’animaux pour prévenir l’abandon et le vagabondage,y compris dans les établissements scolaires, l’aide pour les plus démunis à la stérilisation et à l’identification des animaux, l’application de la réglementation sur la vente et le don d’animaux domestiques (petites annonces, réseaux sociaux, etc.).

Un point sur la situation

De nombreuses attaques de personnes ou d’élevage, ainsi que des actes répétés de maltraitance ont défrayé la chronique ces dernières années et ont relancé débats etpolémiques autour de la question de l’errance animale. Un phénomène qui n’est pas récent mais qui devient de plus en plus préoccupant.

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Crédit photo : Lilly Jacquety
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Crédit photo : Lilly Jacquety

Des dizaines de milliers de chiens et chats sont livrés à eux-mêmes dans les rues, avec un ratio de 1 animal pour 3.88 habitants, proche de celui des Philippines. En guise de comparaison, si l’on ramène le nombre de chiens errants ou divagants à l’échelle de la France métropolitaine, cela représenterait plus de 5 millions de chiens dans les rues…

L’errance animale pose un réel problème à La Réunion, tant sur le plan éthique qu’écologique, sociétal et sanitaire. Les réponses sont jusqu’à présent limitées et souvent dramatiques pour les animaux : en moyenne annuelle, plus de 10 000 finissentà la fourrière avec la mort par euthanasie pour près de 80% d’entre eux. Soit, depuis 2010, 1 euthanasie pour plus de 10 habitants… Plus de 5 000 cadavres sont ramassés sur les routes ou leurs abords par les services d’intercommunalités de l’île, certains estimant que ce chiffre est plus proche des 20 000 cas. Si on ajoute les 210 000 abandons estimés depuis l’année 2000, on ne peut que mesurer l’ampleur du phénomène pour un si petit territoire.

A l’origine de l’errance, on trouve notamment l’abandon : entre comportements de consommation vis-à-vis de l’animal, engouement puis désintérêt à son égard ou autrelassitude, La Réunion n’échappe pas au phénomène connu aussi en Métropole etailleurs. De même, l’absence de stérilisation de l’animal de compagnie reste une causede la démultiplication des chiens et chats errants, le pouvoir reproducteur des animaux en bonne santé étant beaucoup plus élevé que celui des populations errantes.

Il faut aussi ajouter des origines plus spécifiques à l’île : socioculturelles – le rapport à l’animal, utile avant tout, pouvant conduire à plus d’abandons -, une propension aussi à laisser divaguer notamment les chiens, héritage d’un temps pas si lointain où cette liberté ne posait pas de problème.

A cela s’ajoute une communication tardive par l’ensemble des acteurs concernés par la problématique. Ce qui n’a pu qu’engendrer une méconnaissance par la population, d’un certain nombre de dispositifs. La stérilisation, notamment gratuite sous condition,ou les obligations réglementaires des propriétaires, faute d’information et d’actions desensibilisation de masse, sont en effet souvent ignorées.

C’est pour ce faire que le Grand Raid 2019, avec la participation de Murielle pour représenter les « Sans Voix », va cette année encore servir de caisse de résonnance à la cause des animaux errants. Objectif ? Communiquer et participer ainsi à la construction d’une solution de fond, respectueuse autant de l’humain que de l’animal, tous concernés par le même problème et ses conséquences.