Un chien amputé d’une patte, recueilli par l’association « La Cour des Miracles » en Haute-Garonne, va pouvoir bénéficier d’une prothèse fabriquée spécialement pour lui par une étudiante en orthopédie et par son mentor, grâce à l’impression 3D. Isabelle Dimitriadou, responsable de l’association, confie à 30millionsdamis.fr comment un simple appel sur les réseaux sociaux a bouleversé le destin du Bull-Terrier au passé chaotique.

Ce chien adorable a gagné la course… du cœur ! Partageant avec le célèbre coureur cycliste, Raymond Poulidor, une inexplicable malchance, un bull-terrier affectueusement baptisé « Poupou », a fini par briser sa malédiction. « Lorsque nous l’avons récupéré en refuge, il était dans le couloir de la mort. La nécessité de son euthanasie ne faisait aucun doute », se souvient Isabelle Dimitriadou, responsable de l’association « La Cour des Miracles » à Gardouch (31). Errant dans les rues de Perpignan, ce chien à moitié aveugle s’est fait accidentellement percuter par une voiture en novembre 2019. Amené d’urgence chez un vétérinaire, le praticien n’a eu d’autre choix que de l’amputer d’une patte-avant. Retrouvés grâce au fichier national de l’ICAD, ses maîtres ont refusé de le récupérer… Avec un poids de seulement 17 kg [au lieu de 30 kg pour un mâle en bonne santé, NDLR], le pauvre animal, squelettique, souffrait également de la leishmaniose, une grave maladie parasitaire.

« Le vrai miracle »

 

Quand on accueille un chien, on veut qu’il passe avec nous les plus merveilleuses années de son existence.
Isabelle Dimitriadou

 

Raymond Poupou partage à présent son quotidien avec 19 autres chiens malades et handicapés de l’association, pour la plupart eux-aussi sauvés de l’euthanasie. « C’est la maison de la dernière chance », sourit la responsable de « La Cour des Miracles » (31). Aujourd’hui, le Bull-Terrier reprend du poids de jour en jour. Un très bonne nouvelle en soi, mais qui « pèse » sur son handicap : « Les chiens qui ont presque toujours vécu sur 3 pattes se débrouillent souvent très bien, car ils ont leur propre façon de s’équilibrer, explique l’assistante vétérinaire. Pour lui, c’est différent, il n’a été amputé que très récemment. » Chaque kilo supplémentaire vient donc inexorablement peser sur sa patte-avant valide, au point d’occasionner de nouvelles souffrances.

Cette situation devenant difficilement tolérable pour le molosse au regard doux, Isabelle décide de lancer un appel sur Facebook (post ci-dessus). Une publication largement commentée et partagée sur le net. « L’orthèse de la photo est en fait fabriquée en Virginie (USA), ce qui rend le suivi médical impossible, explique la responsable de l’association. Alors, quand le téléphone a sonné, j’ai eu du mal à réaliser ! » Au bout du fil, Thimery Taupotini, étudiante en orthopédie, lui présente son projet : fabriquer une orthèse spécialement pour Raymond Poupou. « C’est là que je lui ai demandé : “Vous êtes où ?”, ce à quoi elle m’a répondu “A Gardouch, et vous ?”, poursuit la responsable. Nous étions au même endroit, un petit village de 1000 habitants ! Pour moi, le vrai miracle est là. »

Une fabrication locale, rapide et à moindre coût

 

Une victoire contre le délit de faciès dont sont victimes les Bull-Terriers.
Isabelle Dimitriadou

 

Avec son mentor Cyril Leroy, orthopédiste, l’étudiante propose de réaliser – gracieusement – une prothèse de patte en impression 3D. Une technique qui permettra de fabriquer l’objet sur-place, à partir de matériaux d’origine locale et donc, à moindre coût. « Nous avons commencé par scanner le chien […] en trois dimensions afin de le numériser car c’est à partir de ça que nous pouvons modéliser la prothèse, explique Cyril Leroy, dans La Voix du Midi. Nous allons nous appuyer sur la patte avant fonctionnelle et se baser sur un effet miroir. » Après un moulage de son buste déjà effectué cette semaine, le Bull-Terrier devrait pouvoir essayer son orthèse sur-mesure dans les tous prochains jours. « Cela s’est passé très vite, reconnaît Isabelle Dimitriadou. [Thimery et Cyril] se sont pris d’affection pour Raymond, ce qui n’a fait que renforcer leur motivation. »

Un long et patient travail de rééducation sera ensuite nécessaire afin que le Bull-Terrier se familiarise avec son orthèse, qu’il ne portera que lors de ses sorties. Ainsi, il pourra enfin bénéficier d’un exercice régulier, à l’instar de tous ses compagnons « miraculés ». Au-delà de l’immense joie de pouvoir soulager le chien de ses douleurs, sa bienfaitrice se réjouit d’être parvenue à changer les mentalités au travers de sa belle histoire. « La grande victoire, c’est aussi celle que nous avons remporté contre le délit de faciès dont sont victimes les Bull-Terriers, affirme Isabelle Dimitriadou. Aujourd’hui, nous avons plein de petites mamies de 70-80 ans qui nous disent à quel point elles aiment maintenant ces “têtes d’endives”, qui autrefois leur faisaient si peur ! C’est, peut-être, la plus belle des récompenses. »

Coup de foudre entre miraculés

Raymond est inséparable de son compère Alfred. ©La Cour des Miracles

Si l’adorable Raymond Poupou ne peut s’empêcher d’« aimer tout le monde », le Bull-Terrier a toutefois noué avec Alfred, un vieux Basset Hound secouru de la maltraitance pendant le confinement, une relation toute particulière. « Lorsqu’Alfred est arrivé, ça a été le coup de foudre, s’amuse Isabelle. Raymond est devenu un “grand frère” pour ce chien traumatisé. Ils font absolument tout ensemble, et à la seconde où ils se perdent de vue, ils pleurent ! »  Les deux compères – devenus inséparables – devraient heureusement finir leurs jours côte à côte, puisque la Cour des Miracles garde tous ses pensionnaires jugés trop fragiles pour être adoptés. Un système de parrainage permet, à ceux qui le souhaitent, de gâter leur protégé en échange de nouvelles régulières. « Quand on accueille un chien, on veut qu’il passe avec nous les plus merveilleuses années de son existence », conclut leur ange-gardien.

source – crédit photo: Le handicap de Raymond Poupou a suscité une vague d’émotion et la mobilisation d’une étudiante en orthopédie, passionnée d’animaux. ©La Cour des Miracles /Facebook