Alors que la loi Duplomb relance la controverse en autorisant à nouveau un insecticide puissant, l’acétamipride, certains agriculteurs ont décidé de faire un choix radicalement différent : dire non aux produits chimiques et s’en remettre… aux poules.
Oui, aux poules ! Ces gallinacés qui grattent la terre, picorent tout ce qu’elles trouvent et, sans le savoir, rendent un fier service aux noisetiers. Une alliance surprenante et inspirante, qui nous rappelle qu’en agriculture, parfois, les solutions les plus simples sont aussi les plus durables.
🪲 Le balanin, cauchemar des noisetiers
Derrière cette initiative paysanne se cache un véritable fléau : le balanin des noisettes, un petit coléoptère aux grands dégâts. Dès que les températures atteignent 20 °C, l’adulte se nourrit des fleurs, des jeunes noisettes, puis des fruits plus matures. La larve, elle, s’installe confortablement dans l’amande et peut rester en dormance plusieurs années dans le sol, rendant les vergers improductifs. Résultat : des pertes économiques considérables, jusqu’à 50 % dans certaines régions.
🧪 L’acétamipride : une fausse solution ?
Face à cette menace, le gouvernement a rouvert la porte à l’acétamipride, un insecticide de la famille des néonicotinoïdes, déjà controversée pour ses effets sur la biodiversité, notamment les abeilles. Si l’argument avancé est l’absence d’alternative immédiate pour sauver la filière noisette, cette affirmation est aujourd’hui largement remise en cause.
Des institutions comme l’Anses, l’INRAE ou encore Phyteis ont identifié pas moins de 75 alternatives aux néonicotinoïdes, dont 21 immédiatement applicables, classées selon leur efficacité, leur durabilité et leur applicabilité. Parmi elles : des solutions naturelles, des champignons entomopathogènes, des filets, des pièges… et des alliés à plumes.

🐓 Une réponse paysanne : le retour des poules au verger
Trois agriculteurs bio ont décidé de tenter l’expérience en intégrant des poules dans leurs vergers de noisetiers, chacun à leur manière. Et les résultats sont édifiants :
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Mickaël Pasquier, en Vendée, a installé 1 500 poules dans un ancien bâtiment réhabilité. Il a planté une haie de noisetiers à proximité. Quatre ans plus tard, les arbres situés près du poulailler sont les plus vigoureux, sans aucun traitement. Et surtout : aucun balanin à l’horizon.
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Pierre Delorme, en Dordogne, a conçu un poulailler mobile, déplacé régulièrement dans une rangée de 96 arbres. Résultat : les pertes dues au balanin sont inférieures à 10 %.
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Paul Gautreau, dans le Maine-et-Loire, a planté 5 hectares de noisetiers et y a installé des poules noires de Janzé, une race rustique et auto-suffisante. Douze ans après, les arbres les plus âgés sont sains. Aucun n’a été attaqué par le balanin.
🌿 Une symbiose gagnant-gagnant
Les poules ne se contentent pas de dévorer les larves de balanin : elles désherbent, fertilisent le sol avec leurs déjections, et apportent une nouvelle dynamique au verger. En retour, les arbres leur offrent de l’ombre, un écosystème riche, et des insectes à volonté. Résultat : pas de pesticides, pas de graines industrielles, pas d’irrigation intensive.
Même si le rendement à l’hectare est légèrement inférieur à celui d’une exploitation conventionnelle (1,5 t/ha contre 2 t/ha), la vente directe, les économies de traitement et l’image éthique de la production permettent aux producteurs de mieux vivre de leur métier.
💬 “Il faut donner la parole aux autres agriculteurs”
Ces initiatives sont encore trop peu connues, alors qu’elles pourraient inspirer de nombreux agriculteurs en transition. Comme le rappelle Paul Gautreau :
« Cela me révolte d’entendre qu’il n’y a pas d’alternative aux insecticides. Il faut donner la parole à ceux qui innovent différemment, avec bon sens et respect du vivant. »
La bonne nouvelle 🐣🌰
Ce que nous rappelle cette belle histoire de poules et de noisettes, c’est qu’il existe encore des chemins doux, patients, alignés avec le vivant. Qu’il est possible d’innover sans chimie, de produire sans détruire. Et que parfois, une simple poule peut faire bien plus qu’un pesticide.
Au JDBN, on aime ces récits qui redonnent foi en l’ingéniosité humaine, et en la puissance du vivant. Bravo à ces agriculteurs visionnaires qui prouvent qu’un autre monde est non seulement possible, mais déjà en marche.
sources: JDBN – La Relève et La Peste – Pour éviter l’acétamipride, ces agriculteurs préfèrent les poules – OnePlanète (reprise de l’article original) – Phyteis – Acétamipride : une solution temporaire mais controversée – Yves d’Amécourt – Retour de l’acétamipride : une mesure maîtrisée ou un recul écologique ? – Études INRAE et ANSES sur les alternatives aux néonicotinoïdes (synthèse disponible dans les publications citées ci-dessus)- Crédits photos: Depositphotos





















