Par Sophie Denis, fondatrice du Journal des Bonnes Nouvelles

Nous faisons du sport pour prendre soin de notre corps. Nous choisissons nos chaussures avec attention, comparons le maintien d’une brassière, la coupe d’un legging ou la respirabilité d’un tee-shirt.

Mais combien d’entre nous regardent réellement la matière qui restera collée à notre peau pendant une heure de transpiration ?

Très souvent, c’est du polyester.

Et derrière ce nom devenu parfaitement banal se cache une réalité toute simple : le polyester est une matière plastique.

Le polyester a envahi nos vêtements de sport

Le polyester textile est principalement fabriqué à partir de PET, le polyéthylène téréphtalate, un polymère généralement issu de ressources fossiles.

Il suffit de retourner quelques étiquettes dans un rayon de vêtements de sport pour comprendre pourquoi il mérite notre attention.

Chez Nike, un legging Nike One actuellement commercialisé affiche par exemple 80 % polyester et 20 % élasthanne. La marque utilise également largement le polyester recyclé dans ses collections.

Et Nike est loin d’être un cas isolé. Le polyester est devenu incontournable dans le sportswear parce qu’il coche presque toutes les cases recherchées par l’industrie : léger, solide, peu froissable, rapide à sécher, facile à produire et relativement peu coûteux.

Sur le plan technique, il a donc beaucoup d’avantages.

Mais il a aussi un problème majeur : nous produisons des vêtements à partir de plastique à une échelle gigantesque.

Ces fibres finissent par s’échapper du vêtement

Les textiles synthétiques perdent des microfibres au lavage. Les quantités peuvent varier considérablement selon la qualité du textile, sa construction, son âge et les conditions de lavage.

Ces fibres rejoignent les eaux usées. Une partie est captée par les stations d’épuration, une autre poursuit son chemin dans l’environnement.

L’Agence européenne pour l’environnement considère les textiles synthétiques comme une source importante de microplastiques et rappelle que leur libération intervient tout au long du cycle de vie des vêtements.

Et le lavage n’est pas seul en cause.

Les vêtements perdent également des fibres lorsqu’ils sont portés et soumis aux frottements. Des travaux récents montrent que l’usure du textile influence ensuite la quantité et la taille des fibres libérées.

Autrement dit, le problème du polyester ne se résume pas à notre machine à laver.

Et contre notre peau ?

C’est là qu’il faut éviter de transformer une vraie question en fausse information.

Des publications circulent actuellement sur les réseaux sociaux affirmant que les microfibres de polyester seraient directement absorbées à travers notre peau lorsque nous transpirons.

Nous ne disposons pas aujourd’hui de preuves suffisantes pour l’affirmer.

En revanche, les chercheurs étudient les substances chimiques susceptibles de migrer depuis les textiles.

Une étude portant sur des tissus en polyester a par exemple montré qu’une solution reproduisant la transpiration pouvait extraire une partie de l’antimoine présent dans le textile. L’antimoine est notamment utilisé comme catalyseur dans la fabrication du PET.

Cela ne permet pas de conclure que porter un legging en polyester est dangereux pour la santé.

Mais cela suffit largement pour poser une question de bon sens : avons-nous vraiment besoin de porter autant de fibres plastiques directement contre notre peau lorsqu’il existe d’autres possibilités ?

Le polyester recyclé reste… du polyester

L’industrie a trouvé une réponse intéressante à une partie du problème : le polyester recyclé.

Recycler des bouteilles ou d’anciens matériaux pour fabriquer une fibre permet notamment de réduire le recours à de nouvelles ressources fossiles.

C’est préférable à certains égards.

Mais une bouteille devenue legging n’est pas devenue du coton.

Le polyester recyclé reste une fibre plastique et peut lui aussi libérer des microfibres.

L’adjectif « recyclé » ne doit donc pas nous empêcher de regarder la nature réelle de la matière.

Faut-il alors revenir au coton ?

Oui pour certains sports. Pas pour tous.

Le coton est confortable et agréable contre la peau, mais il absorbe beaucoup la transpiration et sèche relativement lentement. Pour courir 20 kilomètres ou partir plusieurs heures en randonnée, ce n’est pas forcément le meilleur compagnon.

La bonne nouvelle, c’est que le choix ne se résume pas à polyester ou coton.

Nous disposons de coton, de laine mérinos, de lyocell, mais aussi de mélanges dans lesquels une petite proportion de fibres synthétiques apporte l’élasticité ou la résistance nécessaires sans constituer 80 ou 90 % du vêtement.

Alors, que choisir pour votre sport ?

Votre activité Matières à privilégier Pourquoi ?
Yoga / Pilates Coton, coton bio, lyocell, coton + un peu d’élasthanne Douceur et confort ; nul besoin d’un textile ultra-technique
Musculation Coton, mérinos léger, coton/élasthanne Confort et respirabilité
Fitness doux Coton, lyocell, mélanges majoritairement naturels Suffisants pour une transpiration modérée
Running Mérinos fin, mélanges mérinos/lyocell Bonne gestion de l’humidité et des odeurs
Trail Mérinos ou mélanges à forte proportion de mérinos Thermorégulation et confort sur la durée
Randonnée Mérinos Gère bien humidité, température et odeurs
Ski Mérinos en première couche Excellent isolant et thermorégulateur
Vélo Mérinos ou mélange mérinos/lyocell ; synthétique limité lorsque nécessaire Le vêtement doit gérer une forte transpiration et sécher rapidement
Tennis / padel Coton pour une pratique tranquille ; mérinos léger ou mélange cellulosique pour davantage d’intensité À adapter au niveau de transpiration
Danse Coton/élasthanne, lyocell/élasthanne Souplesse et confort
Brassière de sport Coton ou mérinos avec élasthanne pour maintien léger ; mélanges techniques pour maintien fort Difficile de supprimer complètement les fibres synthétiques lorsque beaucoup de maintien est nécessaire
Natation Fibres synthétiques techniques Ici, elles restent difficiles à remplacer : résistance au chlore, élasticité et tenue sont essentielles

Le but n’est donc pas de bannir aveuglément toute fibre synthétique. Il est de cesser de l’utiliser par défaut lorsque nous pouvons parfaitement nous en passer.

Le mérinos mérite particulièrement notre attention

La laine pour faire du sport peut sembler étrange lorsqu’on imagine encore le pull épais qui gratte.

Le mérinos utilisé dans les vêtements techniques n’a rien à voir.

Ses fibres très fines permettent de fabriquer des tee-shirts et des premières couches légères. La laine possède également des propriétés intéressantes de gestion de l’humidité et de thermorégulation.

C’est pourquoi elle est déjà très utilisée pour le running, la randonnée, le trail, le ski et les activités outdoor.

Icebreaker en a fait sa spécialité et propose notamment des tee-shirts techniques en 100 % laine mérinos.

Smartwool développe également de nombreux vêtements sportifs en mérinos ou en mélange mérinos/lyocell.

Cela prouve au moins une chose : un vêtement sportif performant n’a pas obligatoirement besoin d’être fabriqué majoritairement en polyester.

Le lyocell, autre alternative à connaître

Son nom semble très industriel, pourtant son origine est différente.

Le lyocell est une fibre fabriquée à partir de cellulose de bois transformée. TENCEL est l’une des marques les plus connues de lyocell.

La matière est douce, légère et intéressante pour la gestion de l’humidité. Associée au mérinos, elle permet notamment de fabriquer des vêtements destinés à une activité physique intense.

Elle n’est évidemment pas « sans impact » : la provenance du bois et le procédé industriel utilisé restent importants.

Mais ce n’est pas une fibre plastique comme le polyester.

Et le coton ? Ne l’enterrons surtout pas

Pour faire une heure de Pilates, soulever des poids ou pratiquer tranquillement le yoga, avons-nous réellement besoin d’un legging contenant 80 % de polyester ?

Pas forcément.

Decathlon commercialise d’ailleurs des leggings composés très majoritairement de coton avec une petite quantité d’élasthanne.

C’est probablement l’un des changements les plus faciles à faire : réserver les textiles extrêmement techniques aux activités qui nécessitent réellement leurs performances.

Un tee-shirt de coton reste parfaitement capable de nous accompagner pour quantité d’activités.

Les matières nobles ont peut-être été abandonnées un peu vite

Coton de qualité, lin, chanvre, laine, mérinos, soie… Nos garde-robes ont longtemps fait la part belle aux matières naturelles.

Pendant des siècles, nous avons perfectionné notre manière de travailler les fibres naturelles. Puis l’industrie textile a découvert des matières extraordinairement faciles à produire, résistantes et bon marché.

Le synthétique s’est imposé partout.

Cela ne signifie pas qu’il faille idéaliser toutes les fibres naturelles. Le coton conventionnel peut être gourmand en eau et en pesticides. L’élevage destiné à la laine possède lui aussi une empreinte environnementale. Une matière naturelle de mauvaise qualité, produite à l’autre bout du monde et remplacée tous les six mois n’est pas automatiquement écologique.

Mais les fibres naturelles présentent une différence fondamentale avec le polyester : les fibres qu’elles perdent ne sont pas des microplastiques persistants.

Et il existe quelque chose de plus difficile à mesurer dans un laboratoire : le plaisir de porter une belle matière.

Une laine mérinos de qualité, un beau coton, du lin ou de la soie possèdent un toucher et un confort que des décennies d’innovation synthétique n’ont pas fait disparaître.

La mode a déjà prouvé qu’elle savait abandonner ses certitudes

La fourrure animale fut longtemps l’un des symboles absolus du luxe.

Elle semblait indissociable des grandes maisons.

Puis notre regard a changé.

Gucci, Prada, Chanel, Burberry et d’autres maisons ont annoncé au fil des années l’abandon de la fourrure animale dans leurs collections.

Ce parallèle a ses limites : les enjeux éthiques de la fourrure animale et ceux des fibres synthétiques sont différents.

Mais il démontre quelque chose d’essentiel.

Une matière peut sembler incontournable pendant des décennies et cesser de l’être lorsque les consommateurs et les créateurs décident qu’il existe une meilleure voie.

Pourquoi le polyester devrait-il échapper à cette réflexion ?

Un logo n’est pas une garantie absolue

Nous pouvons aimer Nike, adidas ou n’importe quelle autre grande marque et continuer à nous poser des questions.

Une entreprise qui fabrique d’excellentes chaussures ou des vêtements techniquement performants n’est pas une autorité sanitaire ou environnementale.

Nike, adidas ou Puma répondent à des normes, à un marché, à des contraintes de performance, de prix et de production.

À nous de décider si ces critères sont aussi les nôtres.

Nous avons appris à lire les ingrédients de ce que nous mangeons. Nous regardons davantage la composition de nos cosmétiques. Nous commençons à nous interroger sur le plastique qui touche nos aliments.

Il serait assez logique d’en faire autant avec ce que nous portons plusieurs heures par jour.

Pas besoin de jeter demain matin tous les vêtements synthétiques présents dans nos placards. Les utiliser jusqu’au bout est souvent bien plus cohérent que de tout remplacer.

En revanche, au prochain achat, nous pouvons faire quelque chose qui ne coûte rien.

Retourner l’étiquette.

Regarder la matière avant le logo.

Choisir du coton lorsqu’il suffit. Du mérinos lorsqu’il fait mieux. Du lyocell lorsqu’il constitue une bonne alternative. Accepter quelques fibres synthétiques lorsqu’elles sont réellement nécessaires.

Et peut-être redonner enfin aux belles matières la place que la production de masse leur a progressivement prise.

Le progrès ne consiste pas toujours à inventer une nouvelle matière. Parfois, il consiste à redécouvrir pourquoi certaines étaient si précieuses.

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Sources: Agence européenne pour l’environnement (EEA) – Microplastics from textiles – Agence européenne pour l’environnement (EEA) – Plastic in textiles – Environmental Pollution – études sur la libération de microfibres textiles – Environmental Research — étude sur l’antimoine, le polyester et la transpiration – Journal of Hazardous Materials – étude sur l’usure et la libération de fibres textiles – Sites officiels Nike, Decathlon, Icebreaker et Smartwool – compositions des vêtements cités – crédit visuel: ai généré pour le JDBN – depositphotos