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Un ennemi devenu emblème: des paysans colombiens se réconcilient avec le condor des Andes

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Cerrito (Colombie) (AFP) – A plus de 4.000 mètres d’altitude, des condors dépècent la carcasse d’un veau sur la pente rocailleuse d’un sommet de Colombie. Les éleveurs locaux ont intentionnellement placé là l’animal mort dans le cadre d’une stratégie de réconciliation avec leur vieil ennemi, le condor, parfois surnommé le roi des Andes.

« C’est un oiseau qui, quand on le voit voler, est si beau », s’ébahit Diana Bautista, une habitante de la municipalité de Cerrito (nord-est), dans la province montagneuse de Santander.

Mais le condor n’a pas toujours été bien vu dans la région. Il y a quelques années, les villageois utilisaient des charognes empoisonnées et tiraient pour effrayer le charognard considéré alors comme une menace pour leurs moutons, chèvres et bovins.

« Il ne faut pas croire tout le mal que l’on dit du condor, explique Mme Bautista. « C’est un oiseau que tout le monde n’a pas la chance d’avoir dans son pays (…) il faut l’aimer, l’adorer », plaide-t-elle.

Aujourd’hui les éleveurs ont appris à mieux connaître le condor, ont construit des bergeries pour protéger les animaux fragiles, et se sont unis pour sauver l’un des plus grands oiseaux du monde, emblème des pays andins menacé d’extinction.

Pour réconcilier le roi des Andes avec les éleveurs, un groupe de 19 familles du paramo – un éco-système unique des landes humides de hautes montagnes – a fondé en 2019 l’Association paysanne pour coexister avec le condor (Acamco). Une initiative communautaire visant à « connaître et protéger » l’animal dans son écosystème, tout en travaillant sur ses retombées économiques, explique Andrea Florez, de l’Acamco. Car le condor « attire beaucoup de monde ».

Parallèlement, la Fondation Jaime Duque achète aux éleveurs des animaux faibles ou malades pour les donner au condor afin d’étudier ses habitudes alimentaires à l’aide de pièges photographiques.

 Condor, nettoyeur

L’oiseau majestueux à col blanc, dont l’envergure peut atteindre trois mètres, plane au-dessus des montagnes dans le paramo d’Almorzadero. En contrebas, dans le village de Cerrito, des peintures murales multicolores rappellent aussi sa présence.

La mort d’un seul condor est « une grande perte » pour l’espèce car sa reproduction est très lente, avertit Carlos Grimaldos, expert de la Fondation Jaime Duque.

Le condor atteint sa maturité sexuelle à l’âge de 10 ans et ne donne naissance qu’à un seul petit tous les deux ou trois ans. Sa protection est essentielle pour l’équilibre des paramos, car « c’est l’espèce qui nettoie » et empêche la contamination des sources d’eau, ajoute-t-il.

Jumelles en main, M. Grimaldos apprend aux visiteurs à distinguer le condor des autres rapaces.

Se nourrissant autrefois de « mammifères de petite et moyenne taille », l’oiseau s’est mis à consommer du bétail affaibli ou de petite taille, à mesure que l’activité humaine a envahi le paramo, explique Francisco Ciri, biologiste et directeur de Néotropical, une Fondation locale spécialisée dans la biodiversité.

 « Situation critique »

A l’échelle mondiale, le condor des Andes est entré dans la liste rouge des espèces menacées de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) en 2020.

Il se trouve « dans une situation de plus en plus critique » dans toute la cordillère des Andes, s’inquiète Guillermo Wiemeyer, chercheur argentin présent à Santander pour une réunion du Réseau sud-américain du condor.

Ce réseau d’experts venus du Chili, d’Argentine, de Bolivie, d’Equateur, de Colombie, du Pérou et du Venezuela a été créé il y a dix ans pour partager les expériences et « ne pas répéter deux fois la même erreur » dans les efforts de conservation de l’espèce, déjà considérée comme éteinte au Venezuela.

En Colombie, il reste 60 spécimens, selon le seul recensement national effectué en 2021 par la fondation Néotropical. Il y en aurait 6.700 dans toute la région andine, selon l’UICN.

Pour le directeur de l’autorité environnementale régionale de Santander, Alexcevith Acosta, étant donné que « les condors ne connaissent pas de frontières », il est urgent de coordonner un recensement dans toute l’Amérique latine pour comprendre la gravité de leur situation.

© AFP – crédit photo: Image par wladimir rupcich de Pixabay