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Le condor des Andes peut voler pendant des heures sans battre des ailes

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En Patagonie, des scientifiques se sont intéressés à la technique de vol du condor des Andes. Ils ont constaté que le rapace bat très rarement des ailes et passe 99% de son temps à planer dans les airs.

Avec une envergure dépassant les trois mètres pour un poids de 15 kilogrammes, le condor des Andes (Vultur gryphus) se classe parmi les plus grands oiseaux du monde. Mais ses mensurations imposantes ne l’empêchent pas d’être un expert du vol. Le rapace a même des talents inattendus en la matière. C’est ce que révèle une récente étude publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences.

En menant de nouvelles recherches, des scientifiques se sont aperçus que les condors étaient capables non seulement de voler pendant plusieurs heures mais aussi de le faire pratiquement sans battre des ailes. “Les condors sont des pilotes experts – mais nous ne nous attendions pas à ce qu’ils soient aussi doués“, a expliqué à Associated Press, Emily Shepard, biologiste à la Swansea University au Pays de Galles et co-auteur du rapport.

A peine 1% du temps à battre des ailes

 

Si le vol est la spécialité incontournable de la majorité des oiseaux, cette activité ne se fait pas toujours sans conséquences pour eux. Prendre son envol et battre des ailes peuvent en effet impliquer une dépense énergétique importante. En particulier pour les grandes espèces comme le condor des Andes. Mais cette dépense varie aussi en fonction des conditions environnementales. Comment ?

C’est ce que les scientifiques ont tenté de déterminer à travers une étude inédite. En Patagonie, ils ont attaché à huit condors juvéniles des dispositifs destinés à enregistrer leurs mouvements en plein vol durant une semaine. Une fois les équipements détachés, l’équipe s’est appliquée à les récupérer et analyser les données qu’ils avaient collectées pour chaque rapace.

Au total, ce sont plus de 200 heures de vol qui ont pu être suivies et elles ont abouti à de remarquables conclusions. D’après les résultats, les oiseaux ont passé à peine 1% de leur temps en vol à battre des ailes. L’un d’entre eux a même volé pendant plus de cinq heures, sur une distance de plus de 160 kilomètres, sans bouger une seule fois ses attributs.

 
D’après l’étude, le condor des Andes passe à peine 1% de son temps en vol à battre des ailes. © Hugo Pédel/Wikimedia Commons/CC BY-SA 3.0

Si de précédentes études avaient démontré que certains oiseaux battent relativement peu des ailes au cours de leur migration, le condor semble être passé maître dans l’art du vol plané. Et ce dès son plus jeune âge. Les résultats sont en effet d’autant plus “frappants que les oiseaux étaient tous des juvéniles“, soulignent les auteurs dans leur étude.

Maîtriser les conditions pour naviguer dans les airs

Ceci suggère que les rapaces s’appliquent à limiter leur dépense énergétique en vol dès les premières années de leur vie. Au cours de l’étude, les chercheurs ont observé que plus de 75% des battements d’ailes survenaient durant le décollage. Le reste du temps, les condors utilisent avec une remarquable maîtrise les conditions de vent et de température pour naviguer dans les airs.

 

Les pilotes humains de planeur peuvent voler toute une journée si les conditions sont adéquates. Donc dans un certain sens, les performances du condor peuvent ne pas sembler surprenantes“, a reconnu pour la BBC, Emily Shepard. “Mais les pilotes humains peuvent consulter les conditions météorologiques et décider s’ils peuvent ou non voler“.

Les condors peuvent faire de même mais seulement jusqu’à un certain point. Ils ont en effet besoin de voler pour chercher de la nourriture qui se trouve parfois dans des lieux difficilement accessibles. “C’est pourquoi nous nous attendions à ce qu’ils rencontrent parfois des conditions délicates – ou au moins des conditions qui les obligent à battre des ailes – pour chercher de la nourriture“, a-t-elle ajouté.

Ça n’a pas été le cas. Les scientifiques ont observé que le battement des ailes était plus fréquent tôt le matin lorsque les courants thermiques ascendants commencent à se former. Néanmoins, même l’hiver, lorsque les conditions n’étaient pas idéales pour planer, les oiseaux ne battaient pas des ailes plus de deux secondes par kilomètre.

 
Plus de 75% des battements d’ailes du condor surviennent pendant le décollage.  © Hugo Pédel/Wikimédia Commons/CC BY-SA 3.0

L’ensemble des observations suggère que le choix des lieux et des moments de décollage et d’atterrissage demeure crucial dans la mesure où “les condors doivent être sûrs d’être capables de décoller à nouveau” et que “les atterrissages inutiles augmentent significativement le coût global de leur vol“, a souligné Hannah Williams, écologue du Max Planck Institute for Animal Behaviour et premier auteur de l’étude.

Des oiseaux géants disparus qui planaient déjà ?

Les capacités de vol des condors ayant été étudiées sur un périmètre et une période limités, les recherches doivent être poursuivies pour en apprendre plus sur leurs talents. Cette étude ouvre néanmoins des voies pour comprendre comment des oiseaux bien plus grands que les rapaces andins et aujourd’hui disparus pouvaient parvenir à voler.

 

Les chercheurs citent notamment l’exemple de Argentavis magnificens dont l’envergure était estimée à sept mètres pour une masse de plus de 70 kilogrammes. “On n’a toujours supposé qu’Argentavis devait être incapable de maintenir un vol battu et qu’il était donc entièrement dépendant du vol plané“, écrivent-ils dans leur rapport.

Ces recherches inédites suggèrent que l’oiseau géant, comme le condor des Andes, planait peut-être dans les airs en réservant ses battements d’ailes aux moments indispensables afin de réduire sa dépense énergétique.

source – crédit photo: pixabay