Elle s’appelle Cécile Dejoux et son cours de management connaît un succès planétaire. Un modèle pour l’enseignement en ligne ?

Elle a 36.000 élèves dans le monde… Pas mal ! (DR)
 

C’est l’une des profs les plus mondialisées de France. Au cours de la dernière année universitaire, son Mooc, l’un de ces cours gratuits sur internet, a battu un record. Cécile Dejoux, maître de conférences en sciences de gestion au Cnam, peut se vanter d’avoir délivré un enseignement suivi dans 55 pays, en France, mais aussi au Maroc, en Amérique du Sud ou même dans la région du Kurdistan !

 

Devant l’écran de leur ordinateur, ils ont été 36.000 à s’inscrire pour l’écouter donner des leçons de management, sourire aux lèvres, dans des vidéos de dix minutes. Très à l’aise devant les caméras, le cou ceint d’un foulard aux couleurs flashy, elle expose les dernières théories managériales américaines, explique comment un chef peut motiver ses troupes, interviewe des dirigeants d’entreprise ou développe le point de vue des neurobiologistes sur le mécanisme de décision.

 

Diversité du public

“Du manager au leader”, l’intitulé de son cours en ligne ouvert et massif, n’est pas pour rien dans son succès. “Salariés ou mères de famille, tout le monde est concerné par le leadership”, commente la bouillante quadra. Plus que par les lasers à impulsions ultra-brèves, par exemple, proposés en Mooc par l’enseignement supérieur français…

 

Sans exigence de diplôme, ces cours peuvent être suivis par chacun, à son rythme. Cécile Dejoux est fière de la diversité de son public : des étudiants bien sûr, mais aussi des managers de la grande distribution, beaucoup de jeunes professionnels au Maghreb, des pharmaciens, des sapeurs-pompiers, un prêtre évangéliste, des retraités militants associatifs…

 

Le job de prof à réinventer

Formée au marketing chez Procter & Gamble, elle a su ne pas s’en tenir à un cours magistral filmé, mais a proposé des exercices pour vérifier la progression, a réuni les étudiants sur les réseaux sociaux ou en visioconférence.”Le plus important, c’est d’animer une communauté”, résume l’enseignante qui rouvrira les inscriptions le 15 novembre.

 

Car les Mooc cherchent leur modèle pédagogique. Il y en aurait environ 6.000 dans le monde, souvent portés par des établissements prestigieux, mais seuls 2 à 4% des étudiants suivent les programmes jusqu’au bout. “Le job du prof est à réinventer”, dit Cécile Dejoux. Beaucoup n’exploitent pas encore la formidable valeur ajoutée que peut apporter le web : Espace Mondial, lancé par Sciences-Po début 2014, se réduisait à une simple “captation du cours du premier semestre de Sciences-Po, séquencé, repris et enrichi”, selon sa présentation. Un “format pédagogique extrêmement traditionnel”, ont déploré les étudiants sur Lapeniche.net.

 

Débats passionnés

Autre question cruciale : le modèle économique. Les Mooc sont généralement gratuits, mais coûteux à produire s’ils ne veulent pas se limiter à une banale vidéo de cours. “Les établissements réfléchissent aux moyens de délivrer des certifications payantes, voire des accompagnements”, explique Cécile Dejoux. L’enseignante voit également des possibilités du côté des entreprises, elle dont le cours peut s’assimiler à de la formation professionnelle continue.

De quoi alimenter les débats passionnés que suscitent les Mooc : certains, comme le philosophe Pascal Engel, ne croient pas aux effets magiques de la “classe massive, distribuée et mondiale”, redoutant de voir ces cours devenir des “armes de destruction massive de l’enseignement supérieur”. D’autres rêvent d’une transformation radicale des formations avec un “accès au savoir pour tous”.

source: Jacqueline de Linarès – Le Nouvel Observateur