En l’espace d’une semaine, les traminots de Régie Lignes d’Azur ont récolté 362 jours de repos –soit vingt mois d’activité– offerts à un agent pour lui permettre de s’occuper de sa famille

 

Le jour où son copain Seb lui a annoncé la nouvelle, Karim Zaouai n’en a pas cru ses oreilles. “On a récolté 362 jours de RTT pour toi.” 362 jours ! L’équivalent d’une année calendaire. De vingt mois d’activité, à raison de 220 jours de travail par an. Ce petit miracle est né d’un formidable élan de générosité. De la solidarité indéfectible qui lie les traminots. Il offre à un père de famille en détresse une bouffée d’air, et un regain de foi en la vie.

 

La belle histoire débute il y a quatre ans, quand Karim et sa femme Carine quittent la région parisienne pour gagner la Côte, côté Cagnes-sur-Mer. Elle est assistante sociale à La Poste. Il intègre la Régie Lignes d’Azur, au lavage d’abord, au volant des bus ensuite. Le couple a une fillette, attend la venue au monde d’un garçon pour ce mois-ci. Mais, au début de l’été, tout bascule quand Carine est frappée par une hémorragie cérébrale.

 

“Tous étonnés”

“Ma vie s’est arrêtée le 3 juillet”, murmure Karim, la gorge nouée. À 32 ans, il se consacre corps et âme à sa compagne de 29 ans, au rythme des épreuves médicales. Un mois en réanimation à l’hôpital Pasteur. Un mois, encore, en maison de convalescence. Et une grossesse qui se prolonge à L’Archet 1, puis 2. Anéanti par ce coup dur, Karim Zaouai bascule en arrêt maladie. Puis il écoule l’intégralité de ses congés pour rester au chevet de sa femme. Il finit par épuiser ainsi tout son capital temps libre, et se retrouve à sec.

 

“J’ai alors eu l’idée de lancer un don de RTT, raconte Sébastien Doze, son collègue et ami. J’avais vu sur France 3 un film sur la mobilisation des collègues du papa du petit Mathys. Une loi venait d’être votée. J’ai donc lancé une collecte dans nos rangs. Mais on a tous été étonnés par l’engouement.”

 

L’appel aux dons pulvérise les prévisions. Lancé par SMS, mail et sur la page Facebook des traminots, il rencontre un écho immédiat. En deux heures, 80 jours de RTT ont déjà été collectés. Une semaine plus tard, 362. “On a été obligés d’arrêter la collecte !”, sourit Pierre Moreno, responsable communication CGT-traminots. Au final, ce sont 272 agents – soit un sur cinq – qui ont légué un peu de leur temps pour la noble cause. Et ce, anonymement.

 

“On a tout d’abord vérifié la situation particulière de cet agent et, quand on a vu que ça justifiait l’urgence, on a agi”, précise Pierre Moreno. Les traminots ont obtenu le feu vert de leur direction. “Ils étaient dubitatifs, car c’était une première,selon Yann Berrettoni, secrétaire général adjoint CGT et membre du comité d’entreprise. Mais notre directeur s’est engagé à conserver les primes du collègue, pour éviter que son salaire baisse en son absence. Lui aussi a fait acte de solidarité!”

 

“Ému et fier”

Et voilà le résultat. 362 jours, cadeau. “Au début, j’étais un peu mal à l’aise, reconnaît Karim. D’autant que je n’avais rien demandé… Mais j’étais ému. Puis j’étais fier. Fier d’être traminot, de travailler dans cette société. Ma femme en a pleuré ! Ça m’a remonté le moral et ça m’a ôté un énorme poids. Je vais pouvoir m’occuper de ma femme, de ma fille, préparer l’arrivée du bébé… Aujourd’hui, je vois le bout du tunnel. Et tout ça grâce à mes collègues !”

 

Revigoré, reconnaissant, à nouveau souriant, l’heureux bénéficiaire manque de mots pour “remercier les traminots, techniques, administratifs, agences, contrôleurs, cadres, chefs…”

 

Il espère que cette initiative inspirera d’autres élans de solidarité, dans d’autres entreprises. Quant à lui, il espère reprendre le travail bien avant d’avoir consommé son stock providentiel de RTT.

 

source: nicematin.com