Depuis un an, l’équipe spécialisée Alzheimer de l’association Saint-Jean de Péronne parcourt les routes pour épauler malades et familles. Plus que des soins, un réconfort.

Une petite maison discrète à Roisel, un salon clair et douillet à la fois, des photos de famille dans un grand cadre. Les nombreux visages, adultes et enfants mêlés, semblent veiller sur celles qui valsent sur la chanson de Brel, juste à côté. « La valse à mille temps » résonne comme une métaphore de la maladie d’Alzheimer, qui frappe Christiane Dechatre, 74 ans. Mais elle n’y pense pas : elle tournoie, elle chante et profite de l’instant qui lui est offert.

 

Au premier temps de la maladie, «  nous ne voulions pas voir que maman était souffrante, avoue Sylvaine, une de ses filles. Pourtant les gens nous le disaient.  » Un déni courant dans les familles, reconnaissent Emmanuelle Touleron et Édith Faity. Avec Laura Dehaene, elles composent l’équipe spécialisée Alzheimer de l’association Saint-Jean de Péronne. Cette ESA parcourt depuis un an pile les routes de Haute-Somme, d’Acheux-en-Amiénois à Ham.

 

Au deuxième temps de la maladie, Christiane Dechatre s’est perdue dans son petit village de Templeux-le-Guérard. Elle la grande marcheuse, elle n’a pas su retrouver le chemin de chez elle. Un hélicoptère l’a retrouvée dans un champ. Les sept enfants se sont rendus à l’évidence, et ont serré les rangs autour de leur maman.

 

Les chansons de Brassens, « ça ravigote » !

 

Au troisième temps de la maladie, c’est là que l’ESA intervient. Mardi 24 mars, c’était la 8e séance autour de Christiane Dechatre. Emmanuelle Touleron, l’ergothérapeute, et Édith Faity, l’assistante de soins en gérontologie, sortent des dominos. Pas de points noirs sur fond blanc, voilà qui perturbe Christiane Dechatre. Elle en perd le nom de couleurs et des formes. Les soignantes rangent rapidement le jeu, et mettent de la musique. Lors de la séance précédente, Christiane Dechatre a chanté. Elles ont donc ramené disques et paroles. Très vite, Christiane Dechatre retrouve les airs et les mots. Piaf et Ferrat l’émeuvent, Brassens la «  ravigote, ah les potes !  ». Mais c’est Brel qui la pousse à se laisser enlacer par Édith Faity pour une valse improvisée.

 

Christiane Dechatre est une élève appliquée, concentrée et volontaire. Ce n’est pas toujours le cas. «  Au départ, il faut établir un climat de confiance. Les gens ne nous connaissent pas, ou alors ils ne se souviennent pas qu’ils nous ont déjà vus. C’est parfois compliqué…  », reconnaissent Emmanuelle Toulleron et Édith Faity. Surtout que l’ESA est là aussi pour soulager les familles. «  Pendant la séance, les aidants peuvent aller faire des courses, chez le coiffeur, à la gym…  », explique Emmanuelle Toulleron. Si la personne familière disparaît de sa vue, le malade peut être inquiet, voire paniquer.

 

Un accueil de jour itinérant autour de Montdider et Roye

 

Une fois que l’ESA a terminé ses quinze séances, le malade ne reste pas en plan. L’équipe met en place un suivi. Des structures permettent aussi la prise en charge régulière des personnes souffrant d’Alzheimer. Une demi-journée ou une journée entière en accueil de jour, c’est possible dans les principaux centres hospitaliers de Haute-Somme. «  C’est bénéfique pour tout le monde, car les malades sont stimulés, ils voient du monde. Ils gardent un lien social. Le mieux, c’est s’ils parviennent à retourner au club des aînés de leur commune. Souvent, ils se sont cloîtrés chez eux. Ils ont peur du regard des autres, peur que leurs troubles de mémoire se voient.  »

 

À la Maison des aînés d’Acheux-en-Amiénois, le malade peut même être pris en charge une semaine entière. Formation, déplacement professionnel ou même vacances : les familles se sentent plus libres.

 

Du côté de Montdidier, les choses s’organisent aussi. Là, il s’agit de plusieurs partenaires, mettant en place à un accueil de jour itinérant. Le centre hospitalier intercommunal de Roye Montdidier en fait partie. D’ici fin avril, cinq communes bénéficieront à tour de rôle de l’équipe de l’accueil de jour. Montdidier, Roye, Caix, Moreuil et Domfront dans l’Oise sont concernées. Reste à l’équipe recrutée depuis la mi-mars à mettre en musique le projet de service pour les aidés et les aidants.

 

Christèle Dufourg, Emmanuelle Bobineau et Cécile Latinovic

source: http://www.courrier-picard.fr