YouTube a changé leur vie. Dix ans jour pour jour après la mise en ligne de la première vidéo, plus d’un milliard de personnes fréquentent la plateforme. Gros plan sur ce phénomène à travers le regard de Québécois dont les vidéos ont généré des millions de clics.

Un dossier de Pasquale Harrison-Julien et Thomas Gerbet

 

YouTube pour gagner sa vie

La maquilleuse de 23 ans Cynthia Dulude a commencé à offrir ses conseils beauté sur YouTube à sa sortie du collège LaSalle, en 2010.

 

Le succès n’a pas tardé. La résidente de Longueuil est aujourd’hui la francophone au pays avec le plus grand nombre d’abonnés : 340 000. Ses vidéos ont été vues 40 millions de fois. Regardez son portrait ci-dessous.

Aujourd’hui, Cynthia Dulude se fait reconnaître dans les rues de Montréal… et sa popularité ne connaît pas de frontières. C’est ce qui l’a amenée jusqu’en France et en Suisse pour rencontrer ses admiratrices.

 

« Ça peut prendre jusqu’à sept ans si tu veux vivre de tes contrats [de maquillage]. Donc je m’estime chanceuse d’avoir pensé à YouTube comme deuxième travail pour partager mes connaissances. » — Cynthia Dulude, maquilleuse

 

La maquilleuse retire assez de redevances des publicités sur Youtube qu’elle réussit en vivre. « Même encore aujourd’hui, quand je dis aux gens qu’on peut gagner sa vie avec YouTube, ils me regardent avec des gros yeux puis ils me demandent : comment? »

 

Les salariés de YouTube

Plus d’un million de personnes reçoivent de l’argent de Youtube. Parmi eux, un millier engrange des revenus supérieurs à 100 000 $. Le site affirme avoir versé plus d’un milliard de dollars à ses créateurs de contenus depuis 2007. Les redevances se calculent en terme de clics et de publicité. Le site se garde une commission. Mais la formule est difficile à comprendre : même les bénéficiaires peinent à savoir comment YouTube détermine le montant qui leur sera versé.

 
 

Un avocat et son écureuil viral

C’était un dimanche après-midi dans un parc de Westmount. David Freiheit, avocat en litiges commerciaux, a l’idée de déposer un morceau de pain sur sa petite caméra vidéo, une GoPro, pour attirer des animaux. Regardez son portrait ci-dessous.

« Un écureuil est venu, il a pris [la caméra] dans l’arbre. Un moment donné c’est comme s’il voulait prendre un selfie. Il a mangé le pain puis il a laissé tomber la GoPro par la suite parce que ça ne l’intéressait plus. » — David Freiheit

 
 

Tout est filmé. David sait qu’il a quelque chose de spécial entre les mains. Il faut dire que l’avocat, qui se décrit comme un excentrique, a un passe-temps bien spécial : filmer et mettre en ligne des vidéos virales, parfois complètement déjantées.

 

Son intuition est bonne. Une fois sur YouTube, les clics se multiplient en quelques jours pour dépasser les cinq millions de visionnements. Le magazine américain Mother Jones en parle, le National Geographic aussi. Une agence le contacte et lui propose de faire la promotion de sa vidéo en plus de s’assurer que ses images ne soient pas volées.

 

Combien d’argent a-t-il fait avec son écureuil westmountais? « Je dois continuer de travailler comme avocat toujours, mais comme je disais à ma femme : j’ai gagné assez pour payer la caméra GoPro que j’ai perdue par la suite. » Perdue ? Sa caméra a été écrasée par une voiture alors qu’il voulait tourner des images à l’intérieur… d’un nid-de-poule.

 

Chose certaine, son but n’a jamais été de faire fortune. « Si ça peut amuser, si ça donne du plaisir à quelqu’un d’autre, pourquoi pas le partager ? ».

 

YouTube pour propulser sa carrière

Le 18 décembre 2012, une mystérieuse vidéo fait surface. En plein parc du Mont-Royal,un aigle tente de s’envoler avec un bébé dans ses griffes. Les médias sociaux s’emballent, puis c’est au tour des médias traditionnels de s’intéresser à la véracité de l’enregistrement. Un canular?

 

Pendant ce temps, quatre étudiants de l’École des arts numériques, de l’animation et du design (NAD) trinquent au bar du coin pour célébrer la fin de session. Antoine Seigle, Normand Archambault, Loïc Mireault et Félix Marquis-Poulin viennent de terminer leur dernier travail : créer une vidéo virale avec une animation 3D.

 

Le lendemain matin, ils sont sollicités par tous les médias d’ici et d’ailleurs. À ce jour, près de 45millions de clics ont été enregistrés sur leur vidéo.

 

« Ça nous a prouvé qu’on était capable de faire des images de synthèse de qualité. Donc, pour ma confiance en moi, pour ma confiance en mes capacités, je dirais que ça a vraiment aidé. » — Loïc Mireault, co-auteur de la vidéo de l’aigle

 
 

Les quatre amis travaillent aujourd’hui pour des entreprises spécialisées en animation d’effets spéciaux. Bien que leur réussite sur YouTube ait contribué à leur passage sur le marché du travail, ils sont maintenant ailleurs.

 

N’empêche que les actuels étudiants du NAD pourront à leur tour profiter de leur succès numérique. À partir de septembre, et pour les cinq prochaines années, un montant de 20000$, acquis grâce aux redevances de YouTube, sera divisé en bourses par leur ancienne école.

 

source: http://quebec.huffingtonpost.ca – crédit photo: capture