Ça fait un petit moment que j’y pensais.

Et puis il y a un mois, j’ai eu comme un déclic. Je me suis décidé.

Bien sûr, je sais que ce n’est pas encore gagné. Que je peux toujours rechuter.

Mais j’ai tellement envie d’y arriver. Parce qu’avant de prendre ma bonne résolution, je me sentais de plus en plus isolé, en marge de la société.

Donc voilà : j’ai enfin réussi à devenir raciste !

Alors évidemment, ça ne se fait pas comme ça, en un claquement de doigts. Je ne me suis pas réveillé un matin en me disant : « Tiens, un drap blanc… chouette ! – et si je me confectionnais une sorte de robe surmontée d’une cagoule pointue et que j’allais ensuite brûler des noirs devant un KFC ? ».

Non. On ne va pas se mentir, au début, c’est super difficile.

T’as encore tes vieux réflexes.

Encore hier, je me suis fait piéger. Un truc bête. J’ai été ému par une histoire de migrants retrouvés morts noyés au lieu de m’inquiéter pour la qualité des eaux de baignade en Méditerranée…

Comme quoi, les mauvaises habitudes ont vraiment la vie dure.

C’est sûr qu’il faut s’accrocher. Faut pas croire que dès les premiers jours, tu vas te lancer dans une épuration ethnique de grande envergure. A la limite, faire exprès de rouler sur le pied d’un roumain qui voulait te faire le pare-brise au feu rouge, pourquoi pas. Sauf que ça compte pas. Estropier un roumain, c’est pas commettre un acte raciste, c’est l’aider à développer sa carrière.

Quand je vous dis que c’est compliqué !

Là, je sais ce que vous pensez : « Mais comment il a fait ? Sérieux, comment il a fait ? »

Bah je crois qu’avant tout, c’est une question de volonté.

Forcément, c’est plus simple si vos parents sont frère et sœur ou que vous avez manqué d’oxygène à la naissance. Seulement ça, ce n’est pas donné à tout le monde. Et en l’occurrence, je n’ai pas eu cette chance.

Heureusement pour moi, j’avais quand même quelques prédispositions pour devenir xénophobe. C’est vrai, après tout je suis français.

Cela dit, ce n’est pas suffisant.

Il a fallu que je me fasse un peu aider, je l’avoue.

Mon premier réflexe a été de m’inscrire à des réunions des racistes non-anonymes. C’est pratique, il y en a quasiment dans toutes les villes aujourd’hui. Ils appellent ça un « meeting du Rassemblement National ».

Bon, effectivement, c’est pas mal pour être au contact de gens qui suintent autant la haine que la vinasse. Sauf que pour le reste, c’est bidon. Sans rire, tous les intervenants étaient aussi crédibles que Véronique Courjault en vendeuse de frigos chez Darty. Franchement, ceux qui comptent sur eux pour « protéger la France » doivent croire que la seule contraception efficace n’est ni la capote, ni la pilule, mais la sodomie.

C’est dingue, ils m’ont paru si dégénérés qu’ils ont bien failli me dégoûter du racisme.

Le lendemain, j’ai donc changé de méthode. J’ai acheté le dernier livre d’Eric Zemmour. Pas pour le lire, je suis pas fou. Non, juste pour arracher les pages et m’en faire des patchs.

Après quelques jours d’application sur tout le corps, nouvelle désillusion. Rien. Je ne sentais toujours pas monter en moi la saine détestation des étrangers. Quoique. Je dois quand même reconnaître que la photo de l’auteur, en quatrième de couverture, a éveillé en moi une pointe d’antisémitisme, ce qui était somme toute assez encourageant.

En même temps, j’aurais dû me douter que ce mec était une escroquerie. Un juif d’origine berbère qui critique l’immigration, c’est Franck Ribéry qui se moque de la cicatrice d’Harry Potter.

Alors en désespoir de cause, j’ai testé l’hypnose. Et là miracle, ça a marché ! Pourquoi n’y avais-je pas pensé plus tôt ? M’endormir tous les soirs devant BFM TV, c’était ça la solution !

En à peine une semaine, je m’étais rasé le crâne, j’avais perdu 50 points de QI, doublé la masse musculaire de mon bras droit à force de le tendre en l’air et je connaissais par coeur toutes les chansons de Michel Sardou.

C’était certes un peu radical, mais honnêtement, ça valait le coup. Pour tout vous dire, je ne sais même pas comment j’ai fait pour m’en passer aussi longtemps.

Quand je repense à toutes ces années quand j’étais pas raciste, ça me déprime.

Toute cette énergie gâchée à vouloir comprendre et accepter l’autre plutôt que de lui cracher à la gueule, tout simplement. C’est débile.

Avant quand j’étais pas raciste, le monde me semblait super compliqué. Alors qu’en fait pas du tout.

Vous vous souvenez du jeu télévisé « JEOPARDY » ? Vous avez la réponse et le but c’est de trouver la question. Et bien être raciste, c’est le même principe – mais en infiniment plus facile, vu que la réponse est toujours la même : « LES ÉTRANGERS ».

Allez…TOP, c’est parti !

« Quelle est la cause du chômage ? »

OUI !

« D’où vient l’insécurité ? »

OUI !

« Qui est une menace mortelle pour la France, l’Europe, le Monde, l’Univers ? »

OUI, OUI, OUI et encore OUI !

Je vous jure, c’est hyper reposant. Pas besoin d’utiliser sa matière grise quand tout est forcément, ou tout noir ou tout blanc.

Avant, pendant les repas de famille, je pouvais passer des heures à tenter de prouver à mon oncle facho qu’il avait tort sur tel ou tel point (entre nous, autant essayer de faire jouir une poupée gonflable…)

Mais tout ça c’est terminé !

Maintenant, je peux rester à table avec lui, sans réfréner la moindre envie de lui planter une fourchette dans la jugulaire. Et partager un bon rôti de porc en se fendant la gueule comme deux vieux complices parce que « c’est la Kryptonite des bougnoules » !

Sincèrement, je me sens beaucoup mieux aujourd’hui.

En fait, je crois que je souffrais d’une forme de maladie particulièrement nocive qu’on appelle l’humanisme.

Quelle saloperie…

Ça t’oblige à utiliser en permanence ton cerveau et ton coeur, donc fatalement, tu t’épuises.

Alors qu’être raciste, c’est cool, ça conserve. La preuve, Jean-Marie Le Pen fait encore chier son monde à 90 ans alors que Martin Luther King est mort à 39.

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