Neurologie Apprendre en dormant : un début.

Dans nos rêves les plus fous, il suffirait d’une nuit, collé à un répéteur, pour que ce dernier nous inculque, à notre insu, une nouvelle langue, des nouveaux savoirs. L’apprentissage lors du sommeil a toujours fasciné les auteurs de romans d’anticipation. On s’endort et lendemain matin, le cerveau aurait enregistré des milliers de pages encyclopédiques. Si l’idée est séduisante, la réalité est bien loin de ce phantasme. Jamais les scientifiques n’ont réussi à mettre au point une technique qui permettrait un apprentissage pendant le sommeil. Si jamais certains ont réussi l’expérience, c’est bien souvent que l’état de sommeil n’était pas total et que l’expérimentateur était dans une phase en dehors du vrai sommeil.

 

La revue Nature Neurosciences publie un article où des chercheurs sont arrivés à installer un conditionnement à des hommes pendant leurs sommeils. Il s’agit d’un petit apprentissage, soit, mais d’un apprentissage quand même. Afin d’être sûrs de ne pas sortir les testeurs de leur sommeil, les chercheurs ont utilisé une méthode qui perturbe le plus légèrement possible. Ils ont créé des associations entre des sons et des odeurs. L’apprentissage a juste consisté à associer un bip et une odeur.

 

Ce couple de stimuli a plusieurs avantages. Tout d’abord, il ne réveille pas, on sait même que certaines odeurs peuvent améliorer l’endormissement. Mais qui plus est, ces stimuli engendrent une réaction du cerveau qui traite ces deux informations, même en plein sommeil. Les odeurs présentent la particularité de provoquer une réaction physique idéalement mesurable et presque à l’insu des cobayes : l’inspiration. Un simple snif plus ou moins profond sert d’indicateur à la détection d’une odeur. Lorsqu’on sent une odeur, le mécanisme physique est complexe et engendre des réactions corporelles. Pour une odeur agréable, l’inspiration sera profonde et lorsque l’odeur est désagréable, l’inspiration deviendra courte. Ces variations ont pu être enregistrées lors des expériences.

 

L’expérience a amené des volontaires à dormir dans un laboratoire où leur sommeil a été surveillé constamment. Au moindre doute sur leur état, l’expérience était arrêtée. Lors de leur sommeil, un son était joué suivi d’une odeur agréable ou déplaisante. Puis un autre son suivait accompagné d’une odeur inverse. Au fur et à mesure de la nuit, ces associations étaient répétées et renforcées. Les chercheurs ont fini par jouer le son, sans le faire suivre de son odeur associée. Les endormis ont alors réagi de la même façon. En plein sommeil, si le son était associé à une odeur désagréable, le fait de l’entendre provoquait une inspiration courte même sans la présence de l’odeur. L’apprentissage avait eu lieu, mais allait-il survivre au réveil ?

 

Le lendemain, nos apprentis se sont réveillés. Ils n’avaient aucune conscience de ce qu’il s’était passé la nuit, aucune idée du type d’apprentissage testé. Cela n’a pas empêché les chercheurs de leur faire passer des tests… l’apprentissage survivait au réveil. L’écoute des sons provoquait les inspirations attendues sans la présence des odeurs associées.

Références: ANAT ARZI, LIMOR SHEDLESKY, MOR BEN-SHAUL, KHITAM NASSER, ARIE OKSENBERG, ILANA S HAIRSTON & NOAM SOBEL. Humans can learn new information during sleep Nature Neuroscience (2012) doi:10.1038/nn.3193

– gardenisto, le 28/08/2012.

source: http://www.surlatoile.org