Pékin, Chine | AFP | lundi 11/09/2017 – La Chine a annoncé préparer « un calendrier » vers « une interdiction » de la production et de la vente de voitures à carburants fossiles: un pari titanesque pour le premier marché automobile mondial, qui s’apprête déjà à imposer aux constructeurs des quotas de véhicules propres.
Pékin serait-il prêt à emboîter le pas à la France et au Royaume-Uni, qui ont récemment dévoilé leur intention d’interdire la vente des voitures diesel ou essence sur leurs marchés d’ici 2040? 
Soucieux de muscler sa lutte anti-pollution, le géant asiatique assure y réfléchir: des « études » sont entamées et le ministère de l’Industrie et des Technologies de l’information « va établir un calendrier en lien avec les administrations concernées », a indiqué ce week-end le vice-ministre de l’Industrie Xin Guobin. 
Sont essentiellement concernées les voitures à essence, le diesel restant confidentiel en Chine. 
« Les constructeurs devront, conformément aux exigences, améliorer le niveau d’économies d’énergie des voitures traditionnelles et développer vigoureusement les véhicules à énergies propres », a martelé M. Xin lors d’un discours à Tianjin (est) rapporté par les médias d’Etat. 
Quel que soit le calendrier, le défi s’annonce herculéen: 28 millions de véhicules –dont 24,4 millions de voitures individuelles– ont été vendus l’an dernier en Chine. 
Sur ce total, seulement 507.000 véhicules « à énergie nouvelle » (électriques et hybrides) –ce qui reste une goutte d’eau, en dépit d’un bond de 53%, encouragé par des primes gouvernementales et des facilités d’immatriculation. 

– ‘Le monde suivra’ –

« C’est un processus de long cours », observe Cui Dongshu, secrétaire général de l’influente Association chinoise des voitures individuelles. 
« Il sera difficile d’arrêter la production de véhicules traditionnels à carburant sur les deux prochaines décennies » et au-delà, la tâche restera particulièrement ardue pour les poids-lourds, indique-il à l’AFP. 
Même fort vagues, les annonces du vice-ministre Xin ont contribué à faire bondir sur les Bourses chinoises les titres des constructeurs et équipementiers spécialistes de l’électrique, à commencer par BYD –le « Tesla chinois »–.  
« Si la Chine dit non aux moteurs à combustion, le reste du monde suivra, car personne ne peut faire l’impasse sur la Chine, c’est un trop gros marché », souligne Bill Russo, directeur du cabinet GaoFeng Advisory à Shanghai. 
Pour lui, Pékin veut faire en sorte que le déclin du moteur à combustion « intervienne selon un calendrier qui permette aux constructeurs chinois d’élaborer leurs solutions ». « Doper l’électrification, c’est aussi aplanir le marché pour les marques chinoises », auxquelles fait défaut l’avancée technique des occidentaux, estime-t-il. 
En même temps, le régime communiste a entrepris de sabrer ses généreuses subventions à l’achat de véhicules propres pour les consommateurs, et entend désormais forcer la main aux constructeurs. 
Il a introduit en juin un projet de règlement pour leur imposer dès 2018 un quota de « voitures propres », selon un complexe système de crédits calculés d’après leurs ventes. La politique entrera en application « prochainement », a confirmé M. Xin. 

– Elargir la gamme –

L’équation apparaît compliquée pour certains constructeurs, à l’instar de l’allemand Volkswagen (4 millions de véhicules vendus en Chine l’an dernier). Il a conclu une coentreprise avec le chinois JAC pour rattraper son retard et vise « 400.000 ventes de véhicules hybrides et électriques d’ici 2020 et 1,5 million d’ici 2025 ». 
« La version finale (du quota) n’est pas encore publiée, mais nous travaillerons dur pour le respecter. Ce n’est pas facile, on est déjà en septembre », a confié à l’AFP Christoph Ludewig, porte-parole de Volkswagen en Chine, faisant état des « efforts colossaux » de l’entreprise. 
L’américain Ford, lui, assure que 70% de ses modèles vendus en Chine seront disponibles avec l’électrification en option d’ici 2025, et vient d’établir une joint-venture dédiée à l’électrique avec le chinois Zotye: « Une stratégie agressive pour proposer une gamme complète » de l’hybride au 100% électrique, insiste Anderson Chan, porte-parole de Ford en Chine. 
Quant au français Renault, dernier venu, il s’est adapté d’emblée aux nouvelles priorités de Pékin, et la perspective d’un quota ne l’effraie nullement: « On sait faire, nous avons déjà une technologie avancée », fait valoir Florence de Goldfiem, responsable de la communication en Chine.  
Le groupe produira bientôt à Wuhan (centre) une berline électrique inspirée de sa Fluence Z.E, et il a créé fin août une nouvelle coentreprise avec son partenaire local Dongfeng, dédiée au développement de modèles électriques conformes aux standards chinois.

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