Le jeu en ligne de bonbons aux couleurs acidulées remporte un succès fou. Aux dires de certains, il serait même difficile d’en décrocher. Derrière ce phénomène, se cache une recette astucieusement dosée.

Candy Crush Saga®. Des bonbons que l’on assemble par couleurs pour les faire disparaître et gagner des points…  A priori, le concept de cette version sucrée du célèbre Tetris® n’a rien de très nouveau. Sauf que le jeu disponible sur les réseaux sociaux remporte un succès détonnant. L’application trône en première position des téléchargements gratuits et rassemble pas moins de 130 millions de joueurs à travers le monde.

Tout pour donner envie de jouer

Que lui vaut donc un tel engouement ? D’abord sa simplicité d’utilisation. Accessible depuis son téléphone portable, on peut y jouer partout et à tout moment. Dans le métro, le bus, au restaurant ou dans son lit. Pendant une heure, comme pendant deux minutes.

Le jeu séduit d’autant plus que son principe est déjà connu. « Les utilisateurs se disent : puisque j’ai bien aimé Tetris® ou Bejeweled®, j’aimerai bien Candy Crush Saga® », explique Thomas Gaon, psychologue spécialiste en addictologie et membre de l’Observatoire des mondes numériques en sciences humaines. Et les jeunes ne sont pas les plus assidus. « On se rend compte que se sont les adultes et plus particulièrement les femmes, qui jouent le plus sur leur téléphone. »

L’opération séduction ne s’arrête pas là. Les premiers niveaux sont faciles à atteindre et attrapent par la main le joueur, lui donnant l’envie de poursuivre. C’est ensuite que les niveaux se compliquent, mais en conservant un équilibre. « L’algorithme présent derrière chaque plateau est paramétré pour ne pas décourager le joueur », explique Thomas Gaon. Les palliés difficiles sont ponctués de niveaux plus faciles. « Le cycle de récompense est lui aussi bien ajusté. Le temps entre les efforts faits et l’accès au niveau supérieur ou le gain de coups supplémentaires est habilement rythmé pour ne pas lasser ».

Il arrive cependant que des joueurs se retrouvent bloqués des heures dans un même niveau. Il faut parfois s’armer de patience pour le retenter une quarantaine de fois. Bien entendu, le nombre de vies est limité. Lorsqu’on les a toutes perdues, il faut attendre trente minutes avant qu’elles se renouvellent. Ou alors – et c’est là que les innocents bonbons acidulés déroulent leur tactique marchande – les impatients peuvent acheter un paquet de 5 vies qui coûte 0,89 euros. Il est aussi possible d’acheter des bonus qui octroient des déplacements supplémentaires.

King, la société éditrice du jeu pourtant gratuit, parvient à engranger plus de 850.000 dollars par jour grâce à cette mécanique. Et elle fonctionne d’autant plus que le joueur à intérêt à diffuser le jeu sur facebook, en lançant des « invitations » pour parrainer de nouveaux joueurs afin de remporter des vies et d’autres avantages. Bref, King a tout ficelé pour accroître la popularité de son jeu et sa cagnotte.

Accro ou addict ?

A en croire les nombreux articles et témoignages qui circulent sur la toile : quand on commence Candy Crush Saga®, on n’arrive plus à s’arrêter. Il vaudrait même mieux ne pas y mettre les pieds, « ça rend addict ! ». Le psychologue rassure : « il n’y a rien de pathologique. »

L’addiction se manifeste par une impossibilité de s’abstenir qui entraîne des répercussions longues et négatives sur l’ensemble de la vie. « Certaines personnes jouent peut-être avec excès, pour autant ils n’arrêtent pas de se rendre au travail, ou de retrouver leurs amis. Ils ne perdent pas le contrôle de leur vie, comme dans le cas d’addiction à l’alcool », précise Thomas Gaon.

Pour note, la rumeur qui courait qu’un centre de réhabilitation pour les addicts au jeu avait ouvert ses portes a récemment été démentie. Les accros de l’application peuvent donc continuer de jouer sans crainte. Tout ce qu’ils risquent, c’est de percer leur porte-monnaie.

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